Chapitre
03-(1)
J’ai vu un ange !
La fin de l’année glissa doucement, ennuyeuse et monotone, jusqu’à Noël. Pour changer, nous avons passé les fêtes de fin d’année chez mes grands-parents maternels. Ma mère avait une sœur qui ne s’entendait pas trop bien avec ses parents. Nous étions pour ainsi dire leur seule famille. Ça ne les rendait pas plus affectueux pour autant. Comme tout ce qui était nouveau, l’arrivée de Nicky les perturba un peu. Dix jours chez eux sans ordinateur ni Internet… le Goulag ! J’en profitais pour faire de bonnes balades avec mon chien dans la campagne. Comme l’année précédente, le soir de Noël, Lætitia m’envoya plusieurs SMS. Pourquoi pensait-elle toujours plus à moi à cette date-là ? Sans doute aurait-elle souhaité passer la soirée à mes côtés… Moi aussi !
C’était Noël, tu n’y étais pas, mais c’était comme si ! Au deuxième SMS, ma grand-mère ne put s’empêcher de me demander :
- Qui est-ce ?
- Lætitia.
- C’est ta petite amie ?
- Non. Une amie, c’est tout.
De tout temps, ma grand-mère voulait que j’aie une petite amie. Il ne se passa pas un Noël sans qu’elle ne me posât la question. Mais chaque année, et à son grand regret, je prenais un malin plaisir à lui dire le contraire. Ce qui la désespérait, c’était que je ne m’intéresserais jamais aux filles. Ce qui me désespérait moi, c’était que je serai encore là, l’année prochaine, à répondre à la même question !
Les fêtes passées, nous prîmes le chemin du retour et moi celui du lycée.
Le début de l’année est toujours propice aux bonnes résolutions. Cette année-là, je n’en avais pas pris. La vie semblait continuer, inintéressante et sans surprise. Mais si je n’avais pas prévu de changer, le temps et les événements en décidèrent autrement.
En ce début d’année 2003, il en a fallu des choses pour que ce jour de rentrée scolaire soit différent des autres jours ! Il a d’abord fallu que le soleil, dans sa course folle à travers la galaxie, se dresse sur ce même point d’horizon que la veille. Il a fallu que nous nous levions à la même heure, que nous traversions la même ville pour nous rendre au même lycée. Je ne te connaissais pas et nous n’avions pas rendez-vous mais il a fallu tout cela et bien d’autres choses encore, pour que nos chemins et nos regards se croisent !
Ce jour-là, il arriva au lycée. Un nouveau : brun avec de beaux cheveux longs et les traits fins, sensiblement du même âge que moi.
J’aurais pu ne pas le voir dans la foule, mais je ne vis que lui. Pourquoi ? Et pendant que je restais bloqué, les yeux grands ouverts, le nouveau qui balayait du regard son nouvel environnement tourna brusquement la tête… pour revenir sur ce qu’il venait de voir : moi ! Nos regards ne s’étaient croisés qu’une fraction de seconde pourtant j’eus l’impression de lire la même expression d’étonnement ou de curiosité sur son visage. Tout était allé très vite mais la scène fut gravée dans ma mémoire. Pendant les mois qui suivirent, je me la repassais souvent. Ce garçon avait-il senti mon regard posé sur lui ? Avait-il tourné la tête par hasard, juste à ce moment précis ? Ou m’avait-il remarqué, moi, Bryan, parmi une centaine d’élèves ? Impossible ! La seule chose dont j’étais certain, c’est qu’il était beau ! Première rencontre… Je ne te connaissais pas mais les questions fusaient déjà dans ma tête.
Le lendemain, alors que j’avais presque oublié l’incident de la veille, nos regards se croisèrent plusieurs fois. Et je fis toujours le même constat : « Qu’il est beau ! »
Chapitre
02
Moi… ancien combattant !
Je suis né à Paris à la fin du siècle dernier… Curieuse phrase et cette impression d’ancien combattant qui va raconter sa guerre ! Finalement, ça me va bien. Je ne l’ai pas toujours été. Je n’en avais pas très envie. Combattant. Je le suis devenu contraint et forcé le jour où j’ai décidé que je ne me laisserai plus faire, ni influencer ni modeler comme je ne voulais pas, comme je ne pouvais pas. Mais nous le sommes tous. N’avons-nous pas tous mené un combat, un jour ou l’autre, dans notre vie ? Le mien fut des plus beaux qu’un jeune homme puisse livrer. Je ne dis pas cela parce que ce fut le mien, mais parce que pour combattre jusqu’au bout, et jusqu’au bout du désespoir parfois, il faut être convaincu que ce combat est juste, qu’il est beau, qu’il vaut la peine d’être mené. Sur plusieurs fronts en même temps, contre toutes sortes de gens y compris contre ceux que j’aimais. Pourtant, mille fois j’ai cru le perdre ! L’ai-je vraiment gagné ? Mille fois je me suis cru trop faible, trop lâche, trop insignifiant, trop méprisable…
J’ai vécu dans cette ville pendant quinze ans. Mes parents se disputaient souvent, pour des choses sans importance me semblait-il. Et ces petits désaccords prenaient parfois des proportions démesurées. Je détestais les voir ainsi s’entre-déchirer. Je m’enfermais alors dans ma chambre et dans la plus profonde des solitudes. Ce n’était que des violences verbales, mais quand on est jeunes, ça fait aussi peur. Henri, mon père, peu présent, partait souvent en « voyage d’affaires. » Mais en ce début de siècle, en cette année 2000, la situation s’aggrava : il ne rentrait plus du tout à la maison… Il vivait avec une autre femme ! Valérie, ma mère, faisait l’effort de ne pas pleurer devant moi. Mais plusieurs fois, je l’ai surprise en larmes et ses yeux rouges trahissaient souvent sa souffrance et son malheur. Je me faisais le plus discret possible, la prenais dans mes bras, mais je me sentais complètement impuissant pour la consoler. Alors, je m’efforçais de paraître totalement indifférent à cette situation des plus banales pour notre époque ! J’étais plus attentif, la couvrais de bisous et redoublais de gentillesses. Je plaisantais, cherchais toujours le bon côté des choses. Un soir, ma mère vint me parler dans ma chambre et me prit dans ses bras :
- Bryan, mon chéri, j’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer : ton père va nous quitter.
- Maman, ce n’est pas une mauvaise nouvelle. Il ne peut pas nous quitter, il n’a jamais été là ! Ce n’est pas grave, ça ne change rien, la vie continue. Cool ! On est bien tous les deux. Tu verras… tout sera beaucoup plus clair. Sûr, vous ne vous disputerez plus. On s’est toujours débrouillé sans lui, et puis j’ai grandi !
- Je vois ça.
Ma mère était surprise de ma réaction et me regardait, admirative, elle l’était toujours !
Puis elle me fit cette terrible confidence qui devait lui coûter.
- Il part avec une autre !
- Ça t’étonne ? Il ne peut pas voir une meuf sans la draguer !
- T’as remarqué ça ?
- Il y a longtemps. Je suis même étonné qu’il ne soit pas parti plus tôt ! Pas de problème, maman, je serai toujours là pour te protéger.
Je gonflais ma poitrine et lui montrais mes biceps.
- Regarde mes muscles ! Puis redevenant sérieux, j’ajoutai :
- Moi, je ne t’abandonnerai jamais !
Jamais ! Toujours ! Nous sommes sûrs de nous lorsque nous prononçons ces mots. Il paraît qu’il ne faut jamais dire jamais. Amusée puis très émue, ma mère me serra très fort dans ses bras et m’embrassa.
- Merci, j’avais besoin d’entendre ça, en ce moment.
- Pas de soucis maman, je ne le voyais que quelques instants le matin, pas plus longtemps le soir et pas tous les soirs ! Qu’il ne soit plus là, ça ne va rien changer. Ma vie c’est toi, ce n’est pas lui.
Ma mère me regardait au travers de larmes qu’elle avait beaucoup de mal à contenir, étonnée par ma maturité. J’ai toujours eu le pouvoir de tourner les choses de la vie en dérision. Mon père me manifestait beaucoup d’indifférence, j’en faisais autant et reportais toute mon affection sur ma mère qui me le rendait bien. Fils unique, je devenais sa seule famille.
La procédure de divorce fut longue et déprimante. J’annonçais la nouvelle à mes camarades de classe avec le plus grand détachement :
- Tiens, au fait, mes parents divorcent !
Comme j’aurais pu dire : « Tiens, j’oubliais, on a changé de lecteur DVD ! » Encore qu’un changement de lecteur aurait pu m’enthousiasmer. Sûrement que je n’avais pas d’ami assez intime pour me confier.
Ma mère, qui venait d’avoir trente-six ans, n’était pas femme à pleurer sur son sort toute la vie. Le divorce prononcé, elle fit une croix sur son passé et décida de déménager. La raison officielle étant :
- J’ai besoin de changer d’air et à toi aussi, ça te fera du bien.
Je n’en étais pas convaincu, mais à quinze ans, on ne nous demande pas notre avis. Heureuse idée que tu as eue maman ! Alors nous quittâmes la capitale pour nous installer dans un pavillon entre banlieue et campagne au sud de Paris. Une maison neuve avec trois chambres, une au rez-de-chaussée et deux à l’étage.
- Tu verras, tu vas te plaire ici !
Ce n’était pas déplaisant : la vie restait la même, à la seule différence près que je ne connaissais plus personne. Le côté positif était que ma mère, qui culpabilisait un peu de cet échec de sa vie conjugale, était beaucoup plus attentive et cédait plus facilement à chacune de mes demandes. Je n’en ai jamais abusé. Deux choses me tenaient à cœur : avoir un chien et un ordinateur. Aucun rapport entre ces deux souhaits, si ce n’est que les deux allaient occuper une place importante dans ma vie. À Paris, ma mère s’était toujours opposée à l’acquisition d’un chien qui, selon elle, n’avait pas sa place dans un appartement. Nous n’étions plus à Paris, elle revit la question et finit par accepter. Elle discuta un peu plus sur mon choix et surtout sur son prix. Lorsque je le vis dans sa cage avec ce regard triste, je compris que c’était lui, c’était « mon » chien ! Ma mère refusa catégoriquement : trop cher. Quand ma mère disait non c’était sans appel. Je lui fis la gueule pendant trois jours, elle tenta en vain de me raisonner. Alors j’en rajoutais un peu…
- Ce n’est même pas la peine que je te demande un ordinateur !
Elle, qui était toujours calme, s’énerva soudainement.
- Bon, ça suffit, j’en parlerai à ton père !
Mon père avait de l’argent, mais je ne me faisais pas d’illusion. Pourtant ils se mirent d’accord. Mon père paierait le chien et ma mère l’ordinateur. C’était presque le même prix. En retournant à l’animalerie, je broyais du noir. J’étais presque certain de ne pas le retrouver. Je ne sais pourquoi dans ma vie, quand je m’attends au pire, ça n’arrive jamais. Seulement quand je ne m’y attends pas. Il était toujours là. Il m’attendait dans la même cage avec le même regard triste et moi, je rayonnais de bonheur. C’était ma première bonne nouvelle depuis longtemps. Ma mère était ravie de me voir heureux, Nicky, content de quitter sa cage et moi, en attendant mieux, enchanté d’avoir enfin un compagnon.
Ma mère fut un peu plus réticente pour la connexion Internet. Mais capitula après quelques relances.
Était-ce le meilleur choix ? Moi qui parlais peu, et ne connaissais personne, n’allais-je pas m’enfermer encore plus sur moi-même ? Ma vie se résumait au lycée, ma chambre, mon ordi, épisodiquement la cuisine. Ma mère fit preuve de beaucoup de patience. Je la vis revivre aussi. Elle qui ne sortait jamais, avait soudain envie de bouger, comme pour rattraper le temps perdu. Elle organisait des sorties, au cinéma, au restaurant, à la salle de spectacle municipale… Je la suivais avec une totale indifférence. C’était une drôle d’année où je n’avais plus envie de rien. Elle me le reprochait mais fit avec. Elle prit le temps de me parler pendant des heures, je ne comprenais pas toujours tout mais j’appréciais d’être la cible de tant de sollicitude. Contraste avec mon père que je n’avais pas revu, depuis qu’il avait quitté la maison. Il devait encore penser à moi, puisqu’après m’avoir acheté un chien, pour mes seize ans, il m’offrit une moto, une magnifique Japonaise 124 cm3 – moteur 4 temps avec démarreur électrique – 12 ch à 9 500 tr/mn – 5 rapports – vitesse maxi : 100 km/h disait la revue technique ! J’en fus le premier surpris, pas des performances de la bécane mais du cadeau… Il me la fit livrer un matin, cette fois, je n’avais rien demandé. Ma mère n’était pas très d’accord, mais c’était fait. Il me paya même le permis. Magique !
Nous vivions maintenant dans une petite ville de dix mille habitants, où la vie était moins stressante qu’à Paris. Ma mère, qui travaillait dans une banque, changea d’agence et la vie reprit son cours.
Au lycée, j’étais un peu seul, je ne connaissais personne. Une fille de ma classe, Lætitia, me regardait souvent. Je crus au début qu’elle regardait quelqu’un d’autre. Je n’ai jamais été très doué pour les préliminaires. On nous apprend beaucoup de choses à l’école mais pas à parler, ni comment se faire des amis et encore moins à aimer ! Je me suis rattrapé depuis.
Cette rencontre allait bousculer ma vie. Je ne le savais pas encore, mais c’était le début des bouleversements. Elle souffla sur la poussière de mes habitudes. Elle était belle, séduisante avec un humour décapant. Elle était aussi amoureuse de moi. J’en fus le premier surpris car je ne me trouvais ni beau ni séduisant. La seule chose dont j’étais satisfait, c’était du bleu de mes yeux. J’aurais aimé être brun, j’étais blond. Les pommettes saillantes, les joues creuses, un nez bien droit mais un peu long me semblait-il, comme tous les gens qui ont un visage tout en longueur. Aussi maigre que grand, je n’étais pas un monstre mais pas non plus un top-modèle. Ma mère trouvait que j’avais du charme, mais c’était ma mère… Surpris et désolé de ne pas partager les mêmes sentiments que cette fille, j’attendais. Alors, devant mon immobilisme, elle prit les devants et passa à l’action.
- Bonjour !
- Bonjour !
- Que penses-tu de la situation en Afghanistan ?
Je ris. Elle ne se souciait pas plus que moi de ce pays, mais c’était drôle.
- Je ne sais même pas où ça se trouve ! Tu milites pour la libération des femmes afghanes ?
- Non, dit-elle avec un large sourire, je voulais juste savoir si t’avais de l’humour.
- Je pourrais avoir de l’humour, tout en m’intéressant aux Afghans.
- Oui, mais ce n’est pas le cas !
- Non, pas trop.
Nous nous regardions avec la même curiosité l’un pour l’autre. Elle me posa mille questions.
- Je peux voir ta carte ?
- Ma carte ? Quelle carte ?
- Ta carte de police ! Avec toutes ces questions, t’es forcément de la police !
Lætitia ne l’était pas, elle était seulement amoureuse. Je ne pouvais pas lui mentir ni faire semblant. Elle fit tout pour devenir mon amie. Elle y réussit si bien qu’elle devint ma meilleure amie. Nous étions très complices. Elle voulait tout savoir de moi, voir ma rue, ma maison, connaître ma mère… Je ne parvenais pas à lui dire qu’elle n’avait aucune chance puisque je ne l’aimais pas. Tant qu’elle n’abordait pas le sujet, je m’en gardais bien. Jusqu’au jour où, un après-midi après les cours, je l’accompagnais chez elle comme nous le faisions souvent. Elle prépara un goûter puis me posa soudain la question que je redoutais tant.
- Qu’est-ce que tu penses de moi ?
Nous étions les yeux dans les yeux. Elle était devenue très sérieuse. Alors avec ma maladresse habituelle, je lui répondis :
- Oh non ! La question qui tue !
- Pourquoi ?
- Je veux bien te répondre mais à une seule condition.
- Laquelle ?
- Quoi que je te dise, promets-moi que nous resterons toujours amis.
Son visage s’assombrit. Elle avait compris la suite. Elle comprenait toujours tout. La gorge serrée et les larmes aux yeux, elle promit.
- Je ne t’ai pas encore répondu, je le regrette déjà. Je pense plein de choses de toi. Tu es belle, tu es très belle. J’aime ton humour et ta compagnie. Avant toi, je n’avais jamais eu d’ami, autant chez les filles que les garçons. Je tiens à toi mais je ne veux pas te mentir. Pour moi ce n’est que de l’amitié. Je suis désolé.
- Il ne faut pas, dit-elle, les larmes aux yeux.
- Et toi, que penses-tu de moi ?
- Tu le sais bien ! Je t’aime, je suis folle de toi.
Elle commença à pleurer.
- Tu n’aurais pas dû me poser cette question… Et moi non plus d’ailleurs.
- Si, je voulais savoir. Je m’en serais voulu toute ma vie de ne pas te l’avoir posée.
- Rien ne doit changer entre nous. Je tiens à toi. S’il te plaît, ne m’enlève pas ton amitié, j’en ai trop besoin. Je suis dur avec toi. Je n’y suis pour rien mais je ne pourrai jamais te donner ce que tu me demandes. Tu comprends ?
- Oui, peut-être. Mais les choses les plus évidentes nous aveuglent. On se perd à croire le contraire. Je t’ai rêvé dans mes bras, dans mon lit ou à mes pieds. Tu ne le feras pas mais je ne peux pas m’empêcher d’espérer. C’est promis, je resterai ton amie.
J’étais persuadé du contraire. Mais elle tint parole et notre amitié n’en souffrit pas. Elle fut différente, c’est tout. J’aimais discuter avec elle, connaître son point de vue. J’avais tout à apprendre des filles. Nous étions toujours ensemble. Toute l’année, ma vie fut organisée autour d’elle. Nous étions si liés et si complices que beaucoup pensaient que nous étions amoureux. Ma mère la première bien sûr ! J’avais beau lui dire le contraire, elle ne comprenait que ce qu’elle avait envie de comprendre. Les choses étant clarifiées avec Lætitia, il n’y eut jamais d’ambiguïté entre nous… ou si peu ! Elle savait que je ne pouvais pas lui donner ce qu’elle attendait de moi. Elle ne désarma pas tout de suite. Malgré cette mise au point, elle resta persuadée que rien n’était perdu et qu’elle finirait par me séduire. Elle y consacra beaucoup d’énergie. Je fus à deux doigts de craquer mais rien à faire. J’étais lucide : ce n’était pas de l’amour, juste une grande complicité.
Elle fut mon amie, ma grande sœur, ma confidente parfois, mon alliée toujours. Je n’avais rien à lui cacher. Heureusement car elle devinait tout. Lorsque nous chahutions, elle m’embrassait parfois avec passion. Je me laissais faire mais elle savait que ça ne voulait rien dire et que je n’irais pas plus loin. Elle provoquait souvent ces jeux et ces corps à corps. Nous étions toujours à la limite du raisonnable. Nous marchions sur le bord d’un précipice dans lequel nous ne sommes jamais tombés. Je la vis épanouie, heureuse, parfois très triste. Je fus tour à tour, charmant, horrible et cruel avec elle. Je l’aimais à ma façon. Comme promis, elle accepta tout, les bons comme les mauvais moments. Elle fut et restera ma meilleure amie.
Lorsque j’avais une douzaine d’années et que j’allais au cinéma, j’enviais toujours les amoureux que l’on devinait s’embrasser dans le noir. Ils n’avaient que quelques années de plus que moi mais comme j’aurais aimé être à leur place ! Pour cela, ma grand-mère avait raison, encore fallait-il avoir une petite amie. Le temps a passé, j’ai grandi et si je n’en avais pas, c’était comme si. Quand Lætitia m’embrassait dans les salles obscures, je me demandais souvent si certains plus jeunes m’enviaient autant. J’en étais persuadé, alors, pour rajouter à leurs tourments, je faisais durer ces moments d’union buccale. Je n’étais pas amoureux mais pourtant j’aimais embrasser Lætitia. J’aimais ce contact et toutes les sensations qu’il provoquait.
Nous partions parfois en balade et, même si nous ne l’étions qu’à demi, nous empruntions souvent le parcours des amoureux dans les allées du parc paysager. Avec un chaperon : Super Nicky qui s’en foutait complètement. Lætitia ne manquait pas de m’embrasser et je me laissais faire. Je jouais les amoureux. On pouvait s’y méprendre. Nous en avions l’air. Nous ne faisions pas semblant, nous nous embrassions vraiment avec passion. J’ai aimé cette période de ma vie. J’étais bien dans ma peau même si, parfois, rien ne se passait comme prévu. Un après-midi de juillet, alors que nous arpentions ces allées, je me réjouissais de ces doux instants que j’allais vivre. Mais très souvent dans ma vie, ce que je prévois n’arrive jamais. C’est toujours au moment où je m’y attends le moins que tout bascule dans l’horreur. Quand je crois au bonheur, le temps et les événements, qui nous ignorent, en décident autrement et rien ne se passe comme prévu. Mais inversement, de sinistres soirées selon mes prévisions, finirent en feux d’artifices.
Ainsi ce jour-là, était-ce dû à la chaleur ? À une pression artérielle trop élevée ? À une faiblesse nasale ? Ou peut-être les trois à la fois… Je me mis à saigner du nez. Une vraie hémorragie ! N’ayant pas de mouchoir et sentant mon nez couler, je m’essuyai discrètement d’un revers de la main. Le liquide rouge que j’en ramenais était sans équivoque. Lætitia, qui avait toujours tout, me donna ses mouchoirs. Je saignais tant que j’en vidais le paquet. Lorsqu’enfin les vannes se fermèrent, je n’étais plus en état d’embrasser qui que ce soit. Fini la frime, je me sentais très piteux. J’eus souvent peur de récidiver les fois suivantes, mais non, ce fut la première mais aussi la dernière. Assis sur un banc au pied d’un grand arbre, nous ne parlions plus. Quand soudain, de gros nuages noirs, venus de je ne sais où, envahirent le ciel, la ville, le parc et toute la région.
L’atmosphère était oppressante. Quand les premières grosses gouttes de pluie éclatèrent par terre, une étrange odeur monta du sol. Même avec le nez sanguinolent, je la sentis. Le tonnerre et les éclairs vinrent clôturer la fête. C’était beau, terrifiant et enivrant. Je garderais toujours un tendre souvenir de cette retraite sous l’orage. Il faisait bon. L’eau qui tombait du ciel était presque chaude. Je rentrai chez moi trempé mais heureux, tenant Lætitia d’une main et mon dernier mouchoir de l’autre. Je prêtai des vêtements secs à Lætitia, mais même une fois lavé, séché et changé, je n’eus pas droit à ma séance de bisous. Je n’étais pas trop en forme. J’avais le nez à moitié bouché par le sang coagulé et plus personne pour nous envier, alors… J’abuse, bien sûr, je ne l’embrassais pas que pour ça, mais parce que j’y prenais goût. Elle fut à deux doigts de me convaincre de l’aimer.
Elle m’entraîna aussi dans un club d’Aïkido, où elle suivait des cours d’autodéfense.
Je passai avec elle une année merveilleuse. Une année seulement, car le mois suivant, en août 2002, elle déménagea. Avec ses parents, elle fit le chemin inverse que je venais de faire, ils s’installèrent à Paris, et moi dans la plus grande des solitudes. Elle me manquait terriblement. J’allais la voir de temps en temps, et fort heureusement, il me restait le téléphone et Internet.
Chapitre 01
Une main tendue.
Je ne savais pas que tu m’aimais autant. Ou plutôt, je ne savais pas que ce genre de séparation faisait tant de mal même si je pouvais m’en douter. Tu es triste, il ne faut pas.
Encore une fois, j’ai plein de choses à te dire mais je ne peux pas ! L’important, c’est que là où je suis, je t’aime toujours. Quand nous nous faisions la gueule, tu ne me voyais plus, mais
tu savais que j’étais présent quelque part. Aujourd’hui, tu ne sais plus où je suis. Comment disais-tu ? « Je sais où tu es pourtant, tu n’y es pas ! » Tu es entré dans ma vie
le même jour où je suis entré dans la tienne. Tu fus le cadeau que je n’attendais pas, qui me le fit ? Était-ce vraiment un cadeau ? Oui, c’en était un ! Un cadeau pour la vie,
celui qu’on n’oublie jamais, qu’on porte en soi pour toujours, au-delà de la vie, au-delà de la mort, jusqu’à la fin des temps. J’étais le premier à te demander de ne pas me quitter et c’est moi
qui l’ai fait !
J’aurais aimé vivre… Finalement, immortels, nous ne l’étions pas ! Si tu avais été une fille, quelle vie aurions-nous eue ? On aurait pu s’aimer en toute liberté, ça n’aurait choqué personne. Personne ne t’aurait chahuté au lycée. Personne ne t’aurait agressé à la mairie. Tu aurais pu m’embrasser et me caresser la main dans ce restaurant.
Nous croyons tous être le centre du monde, avoir une destiné particulière, comme si quelqu’un avait prit le temps de nous l’écrire. Foutaise que tout ça, le destin n’existe pas, ou alors…
Un an plus tôt, ma mère était dans tous ses états. Comme si cette fichue brocante, à laquelle elle s’était inscrite avec une amie, était le moment le plus important de l’année ! J’étais bien décidé à ne pas y aller mais devant son insistance, plus que ses arguments, je finis par accepter. De bonne heure ce matin-là, pendant le trajet, je broyais du noir. J’étais loin de me douter qu’elle avait raison et que j’étais réellement en train de vivre le moment le plus important de l’année, peut-être même de ma vie. J’imaginais mon ami, qui ne l’était pas, chez lui en famille, tranquille ! Mais où était-il vraiment ? Dans son lit, tout nu, endormi ? Devant son ordinateur ? Avec ses parents ? Pendant que moi, j’allais faire le pitre sur un stand de brocante. Soudain, une idée me traversa l’esprit : et s’il venait à cette fichue brocante ? Oh les boules ! Ma mère qui s’inquiétait toujours pour moi, me regardait, muet et perdu dans mes pensées.
- À quoi tu penses ?
- À rien.
- Depuis quelque temps, tu es toujours dans la lune mais tu penses à rien !
Je haussai les épaules sans répondre. Pouvais-je lui dire à qui je pensais ? Pourtant, il eut mieux valu le faire ce jour-là mais je ne pouvais pas le savoir.
Sur place, je descendais lentement de la voiture. Martine, la collègue de ma mère, que je ne connaissais pas, était déjà arrivée. Elle déballait ses affaires avec son fils. Quand soudain, je vis une main tendue. Et sur le poignet de cette main, un bracelet en cuir noir avec des clous, que je connaissais bien. Mon rythme cardiaque s’accéléra et je sentis une pulsion sanguine envahir mon visage. Était-ce possible ? Les yeux fixés en direction de cette main qui venait de disparaître, je n’osai plus faire un pas. La voix de ma mère me fit sursauter.
- Alors, tu viens ?
Je fis quelques pas. J’étais mal à l’aise. Mon cœur cognait si fort dans ma poitrine que tout le monde devait l’entendre. Le poignet réapparut avec son propriétaire. C’était lui ! L’inconnu du lycée ! Un instant d’hésitation, le garçon au bracelet ouvrit de grands yeux, aussi grands que les miens, puis me fit un large sourire. J’étais surpris et déconcerté. Surtout ne pas sourire… trop tard, c’était déjà fait. Avoir l’air indifférent… impossible, je ne l’étais pas. Il était venu à moi sans que je n’aie rien fait. Il n’y était pour rien et moi non plus. Nous étions là, face à face, ma mère commença les présentations :
- Je te présente Martine, son fils Kévin ! Et voici Bryan.
Pendant que je souffrais en silence, ma mère savait qui il était ! Elle connaissait même son prénom ! Trop fort. Martine, qui me regardait bizarrement, m’embrassa. Je serrai la main du fameux Kévin. Il est des mains fuyantes, qui se dérobent quand on les serre. La sienne ne l’était pas. Elle était nerveuse, ferme et douce. Combien de temps doit durer une poignée de mains ? Le temps de la serrer, puis de la relâcher. La nôtre dura plus que de raison, me sembla-t-il. Il ne lâcha pas et moi non plus. Deux secondes de plus ce n’est rien mais quand on cherche une raison à tout, ces deux petites secondes peuvent être révélatrices. Tu riais. Tu avais l’air naturel, sûr de toi, l’air qu’ont deux amis qui se retrouvent après une longue séparation. Moi, j’étais plus coincé.
- Salut.
- Salut.
Quel vocabulaire ! Je me disais : c’est incroyable, il est là, en face de moi et je le tiens par la main !
Devant nos mines réjouies, ma mère risqua :
- Vous vous connaissiez déjà ?
Je balbutiai :
- Nous… Nous nous sommes déjà vus… au lycée.
Kévin en rajoutait.
- Oui, nous nous sommes déjà vus.
Il riait… Il se moquait déjà ! Qu’il était beau ! Je ne l’avais jamais vu rire autant. Ainsi, il s’appelait Kévin, génial ! Le moins génial, c’est qu’il fallait maintenant déballer tout ce que ma mère m’avait un peu forcé à apporter. Quand tout fut installé, nous étions là, côte à côte, nous observant. Nous nous regardions de temps en temps, en riant bêtement sans savoir quoi nous dire. Martine nous regarda, pensive, elle ne me connaissait pas mais elle avait pourtant l’impression de m’avoir déjà vu quelque part. Puis les mères eurent très vite la bonne idée d’aller boire un café.
- On peut vous laisser la boutique ? dit ma mère.
- Pas de problème, on ne va pas être débordés par les clients.
Et nous voilà seuls, regardant les mères s’éloigner. Tout était allé si vite, trop vite et de manière tellement inattendue ! C’est Kévin qui prit la parole le premier.
- Qu’est-ce que tu vends ?
J’étais un peu gêné.
- Rien de bien important. Tout ce que ma mère voulait jeter.
- Je peux regarder ?
- Tant pis… Vas-y.
- Pourquoi : tant pis ?
- C’est une partie de ma vie.
- T’as quelque chose à cacher ? demanda-t-il d’un air malicieux.
Nous étions les yeux dans les yeux.
- On a tous des secrets… Tu n’en as pas, toi ?
- Si !
Et il rit. Nous commencions nos fameux sous-entendus. Kévin examina tout ce qui était devant moi : des livres d’enfants, des jouets, un vieux train électrique qui avait appartenu à mon père, des bandes dessinées… Nous étions face à face. C’était la deuxième fois qu’il était si près de moi. Je ne le quittais plus des yeux. Ses longs cheveux bruns, un peu bouclés, son nez bien droit… Je l’avais tellement guetté et observé depuis six mois, c’était comme si je le connaissais depuis toujours. Avec pourtant ce désir de le découvrir encore davantage. Quelle étrange sensation, que celle d’être à ses côtés ! Soudain, il releva la tête, me fixa avec ses grands yeux verts et dit :
- On échange ?
- On échange quoi ?
- Tu me prends un truc et je t’en prends un ?
Il me regarda en riant. L’idée était géniale ! J’allais posséder quelque chose de lui !
- Ok, prends ce que tu veux !
- C’est quoi ce livre ? dit-il en prenant une BD.
- Un cadeau !
- Qu’est-ce qui te fait rire ?
- Rien… Ça me fait drôle de te voir avec ce livre entre les mains. Il est chez moi depuis tellement longtemps.
- Tu veux le garder ?
- Non, non, pas du tout.
- Tu l’as déjà lu ?
- Oui… Complètement inintéressant. Par contre, les dessins sont supers.
- C’est pour ça que je l’ai pris. Tu n’en veux vraiment plus ? Sans regret ?
- Aucun.
- Tu sais dessiner ? me demanda-t-il.
- Euh… non.
- Je passe des heures à dessiner et à peindre aussi. Enfin… je passais.
- Tu ne le fais plus ?
- Non ! Pour ça, il faut avoir l’esprit libre, ne plus penser à rien… En ce moment, je n’y arrive pas.
- Trop de soucis ?
- Non, pas vraiment des soucis. Je n’ai plus la tête à ça, c’est tout.
Je le regardais pensif, mais bien décidé à rebondir sur chacune de ses réflexions. Pas question de rater une si belle occasion de mieux le connaître !
- En voyant les peintres à Montmartre, je me suis souvent demandé pourquoi quand on est môme, on n’arrête pas de dessiner et de peindre alors que lorsqu’on grandit c’est fini.
- Je n’ai pas dû grandir, dit-il. Je suis resté un môme puisque je continue de le faire.
- Non, ce n’est pas ce que je voulais dire. Je parlais pour moi et pour la majorité des gens. Qu’est-ce que tu peins ?
- Un peu de tout. J’aime bien délirer, faire n’importe quoi. Des portraits aussi.
Je réfléchissais à ce qu’il venait de dire. Je le regardais sans le voir.
- Je ne savais pas que tu peignais.
- C’est normal, on ne se connaît pas.
Je rougis légèrement, un peu gêné.
- Oui… C’est vrai… Je suis bête ! La peinture, ce n’est pas mon truc mais j’aurais aimé savoir… enchaînai-je aussitôt.
- Ça s’apprend. Je t’apprendrai si tu veux.
Il avait l’air inquiet de ma réponse. Je le fixais dans les yeux et saisis tout de suite la balle au bond.
- C’est vrai ? Je veux bien ! Mais je te préviens, il y a du boulot ! Il faudra être très patient.
Nous étions face à face, nous nous examinions et nous observions… Il avait l’air grave, il dit la suite sur le ton d’une promesse solennelle.
- Je le serai. On commence quand ?
- Je ne sais pas, quand tu voudras… J’ai bien fait de venir ! J’ai déjà casé un bouquin et tu vas m’apprendre à peindre, c’est génial ! Tiens, les mères reviennent !
- Déjà ! dit-il étonné.
Je le regardais en riant.
- Et ouais ! Elles ont peur qu’on brade la boutique.
- Une brocante, c’est fait pour ça !
Nos mères revinrent un café à la main.
- Qu’est que tu as dans les bras ? demanda Martine à son fils.
- Rien, on troque.
- Avec eux, on ne vendra rien mais on va rentrer la voiture encore plus chargée qu’à l’aller !
Ignorant les réflexions de sa mère, Kévin reprit notre conversation :
- Moi je t’ai pris un bouquin, toi tu me prends quoi ?
Parmi les affaires de Kévin, il y avait plusieurs tableaux. L’un d’entre eux représentait deux visages de profil, superposés, avec un seul œil en commun.
- C’est ta signature ? C’est toi qui as peint ce tableau ?
- Oui. Tu le veux ?
- On ne peut pas échanger un livre contre un tableau !
Martine se tourna vers moi :
- Si tu le veux, prends-le. On en a plein la maison. On ne sait plus où les mettre.
Kévin insista.
- Tu le veux ?
Je les regardais tous les deux en riant.
- Je veux bien.
- Je te l’enveloppe.
Je l’observais faire songeur.
- Qu’est-ce que ça représente ?
- Tu vois quoi ?
- Trop fort… Répondre à une question, par une autre question. T’es mûr pour faire de la politique ! Je ne sais pas… deux visages… ce sont des mecs ?
- Oui.
- Avec un seul œil ?
- Oui !
- Qu’est-ce que ça veut dire ?
- Je ne sais pas, j’ai fait ça… comme ça !
Le temps de ranger le livre et le tableau, Kévin suggéra d’aller faire un tour en recommandant aux mères d’être sages. Martine rétorqua aussitôt :
- Vous aussi !
Nous avions à peine fait vingt mètres qu’il commença son interrogatoire.
- T’habites où ?
- Chez ma mère…
Mais ce n’était pas la réponse qu’il attendait.
- Et ta mère elle habite où ?
- Dans un pavillon à la sortie de la ville en allant sur Melun, près de la piscine. Et toi ?
- Un pavillon aussi, mais près de la gare.
- Je vis seul avec ma mère. Mes parents sont divorcés.
- Je sais, dit-il.
- Comment ça, tu sais ?
- Ma mère me l’a dit.
- Elle te parle de moi ?
- Non, dit-il en riant, elle me parlait de sa collègue de travail. Mais je ne savais pas que c’était ta mère.
- Et toi, ta famille ?
- Je suis seul aussi avec ma mère. Mon père est parti, il y a longtemps.
Il mourrait d’envie de me demander des nouvelles de ma copine mais ne le fit pas ce jour-là. Nous revînmes tout sourire. Nos mères nous regardaient arriver.
- Ils ont l’air de bien s’entendre ! dit Martine.
- Tant mieux ! Bryan faisait la tête ce matin, il n’avait pas envie de venir. Ça ne peut que lui faire du bien de sortir et de discuter avec quelqu’un d’autre. Il est toujours enfermé, il vit replié sur lui-même… C’est sûrement un peu de ma faute.
- Est-ce qu’il en souffre ?
- Comment le savoir ? On ne peut pas dire qu’il déborde de bonheur.
- Kévin n’est pas mieux mais je pense qu’il est heureux comme ça.
Ma mère se tourna vers nous :
- Vous avez l’air de bien vous entendre tous les deux !
Nous nous regardions en riant et finîmes par dire en même temps : « Ça va ! »
Je vendis peu de choses. Kévin eut plus de succès avec ses tableaux qu’il vendait à des prix raisonnables. J’avais envie de tous les acheter.
- Ils sont trop beaux, tu ne les vends pas assez cher !
- Peut-être, mais le truc, c’est que si je les vends plus cher, je ne les vendrais pas alors… Tu les trouves beaux ? T’en veux un autre ?
- Non, ce serait abuser.
- J’en ai plein d’autres chez moi, tu viendras… Tu choisiras celui que tu voudras.
- Cool, c’est sympa, tu es trop généreux !
- Je préfère te les donner à toi plutôt que de les vendre à des gens que je ne connais pas.
Il était très sérieux et me fixa intensément. Moi, j’étais gêné, ému et complètement retourné par ce qu’il venait de dire. J’avais presque les larmes aux yeux. Je ne savais pas quoi répondre, alors je murmurai faiblement :
- Cool, merci…
Martine n’entendait pas ce nous nous disions mais nous regardait, songeuse… À quoi pensait-elle ? Moi, j’étais le plus heureux de tous. Je passais la journée avec le mec que j’aimais et il était trop gentil avec moi.
Nous étions légèrement à l’écart, nous discutions de tout et de rien : de peinture, de lecture, d’Internet, d’appareils photos… Kévin avait amené le sien. Il photographiait tout… Il me mitraillait surtout. Après avoir pris les mères en photos, il demanda à la sienne de nous prendre tous les deux, il s’approcha de moi, mit son bras sur mes épaules, je fis de même et Martine immortalisa cet instant. Au cimetière, nous étions épaule contre épaule. Aujourd’hui, bras dessus, bras dessous. J’étais aux anges !
Ce garçon que j’avais toujours vu sombre et silencieux était en fait très bavard. Il avait plein de choses à dire et riait facilement. Je ne le reconnaissais pas. J’aimais entendre sa voix… J’aimais tout de lui, ses tableaux, ses vêtements… Tout ce qui le concernait me fascinait. Il n’y avait pas une seule ombre au tableau. Il était drôle, généreux et toujours plus beau !
En rentrant en voiture, Martine discuta avec son fils.
- Bryan et toi, vous vous connaissiez déjà ?
- Non, de vue c’est tout.
- Quand nous sommes arrivés ce matin, j’ai eu l’impression de l’avoir déjà vu quelque part.
- Ah bon ?
- Oui. Et ne fais pas l’étonné, maintenant je sais où.
- Et c’était où ?
- En photo, dans ta chambre. Le portrait que tu fais en ce moment, c’est le sien ?
Kévin devint tout rouge et ne répondit rien.
- C’est le sien ?
- Oui.
- Vous ne vous connaissiez pas mais tu as sa photo et tu fais son portrait !
- Oui.
- Pourquoi ?
- Il y a des visages qui marquent plus que d’autres… Il est beau, non ?
- Oui, il est très beau.
Elle regarda son fils, toute songeuse.
- Tu ferais mieux de regarder la route.
Kévin ne disait plus rien. Il réfléchissait.
- À quoi tu penses ?
- Tu peux éviter d’en parler à sa mère ?
- Que veux-tu que je lui dise ?
- Rien.
- Oh là, là ! Que de mystères ! dit Martine en soupirant. Elle avait déjà tout compris.
En avril,
j’avais écrit un petit texte sur monsieur Paulo Cuelho. L’écrivain le plus lu dans le monde après la maman d’Harry Potter.
Lors d’une émission littéraire, il expliquait que ses livres étaient tous copiés par des « pirates » et mis à disposition sur Internet. Mais au lieu de s’en plaindre quand il en
trouvait un, il mettait un lien sur son blog. Car expliquait-il : les lecteurs commençaient à lire sur leur ordinateur puis finissaient par acheter le livre ! Et à chaque fois qu’il
mettait un lien sur son blog, il voyait les ventes s’envoler !
Or, la semaine dernière, autre émission littéraire et nouvel auteur : Didier Van Cauwelaest qui vient d’écrire « Thomas Drimm. » Il parlait de quelque chose de similaire mais de tout à fait légal : le téléchargement de son bouquin à partir d’un site : www.smartnovel.com. Il suffit de s’y inscrire gratuitement pour recevoir le livre soit sur un mobile, soit sur Internet au rythme d’un chapitre par jour. Et même constat : les lecteurs commencent à lire puis vont acheter le livre ! Reste à savoir après (ou avant) si l’éditeur est d’accord, le sien (Albin Michel) l’était.
Et les créateurs de ce site d’expliquer : « Lorsque nous rencontrons les éditeurs, nous les mettons en garde afin qu’ils ne réitèrent pas l’erreur commise par l’industrie musicale qui n’a pas su saisir l’opportunité du numérique. Selon nous, tous les supports peuvent cohabiter. »
Sans vouloir se mesurer à ces grands auteurs, allons-y ! Alors si vous désirez lire les premiers chapitres de « Si tu avais été… » N’hésitez pas.
Je suis né à Paris à la fin du siècle dernier… Curieuse phrase et cette impression d’ancien combattant qui va raconter sa
guerre ! Finalement, ça me va bien. Je ne l’ai pas toujours été. Je n’en avais pas très envie. Combattant. Je le suis devenu contraint et forcé le jour où j’ai décidé que je ne me laisserai
plus faire, ni influencer ni modeler comme je ne voulais pas, comme je ne pouvais pas. Mais nous le sommes tous. N’avons-nous pas tous mené un combat, un jour ou l’autre, dans notre vie ? Le
mien fut des plus beaux qu’un jeune homme puisse livrer. Je ne dis pas cela parce que ce fut le mien, mais parce que pour combattre jusqu’au bout, et jusqu’au bout du désespoir parfois, il faut
être convaincu que ce combat est juste, qu’il est beau, qu’il vaut la peine d’être mené. Sur plusieurs fronts en même temps, contre toutes sortes de gens y compris contre ceux que j’aimais.
Pourtant, mille fois j’ai cru le perdre ! L’ai-je vraiment gagné ? Mille fois je me suis cru trop faible, trop lâche, trop insignifiant, trop méprisable…
Tu n’as pas daigné tourner la tête, tu m’as ignoré mademoiselle. Pourtant, moi, je t’ai remarquée. C’est ton
regard figé qui m’a interpelé. Qui regardais-tu ? Tu n’étais pas discrète, tu avais l’air de t’en foutre, non, tu ne nous as pas vu tout simplement. Tu étais seule avec elle. Alors il fut
facile d’identifier l’objet de tes désirs.
Tu étais tranquillement assise sur ces inconfortables sièges de salle d’embarquement. Tranquillement ? Non, pas tant que ça. Tu avais un livre ouvert sur les genoux, mais je doute qu’hier tu aies beaucoup avancé dans ta lecture. Tes lunettes étaient négligemment posées sur le haut de ta tête, un ruban avec une grosse fleur blanche noué sur ton chignon. Les ourlets retournés de ton jean nous permettaient de mieux voir tes chevilles et tes grands talons-hauts. Tu avais une magnifique veste noire, cintrée. Un petit foulard blanc, rayé de bleu et de rouge, noué autour du cou. Tu n’étais pas ordinaire, tu étais très élégante, mademoiselle. Pourtant, elle ne t’a pas vu, tu n’as pas eu droit au moindre regard, au moindre égard.
Non, tu n’étais pas à ta lecture. Cette belle jeune fille blonde qui te tournait le dos, tu ne l’as pas quitté des yeux. Sauf quand elle se retournait, elle l’a fait plusieurs fois, elle n’arrêtait pas de gigoter, alors tu replongeais dans ta lecture. J’ai aussi vu ton regard inquiet quand ce beau mec est venu s’asseoir en face, les yeux braqués sur elle. Elle ne l’a même pas vu.
Alors tu t’es levée, tu es passée près d’elle en feignant l’indifférence comme si elle n’existait pas. Quand tu es revenue, d’autres passagers avaient pris ta place, alors tu t’es assise plus près d’elle. Vous étiez dos à dos, légèrement décalées. Assise de travers, tu pouvais la surveiller du coin de l’œil.
Si un jour, les ordinateurs des compagnies aériennes sont connectés aux futurs fichiers confidentiels de la police ou à ceux des agences matrimoniales, ils pourraient alors regrouper les gens dans les avions par affinité, selon leurs goûts, leurs orientations... Mais hier, celui d’Air France ne l’était pas, il vous a séparées, tu as perdu ton amie, mademoiselle.
Heureusement l’avion avait du retard. Tu es resté plus longtemps près d’elle et moi j’ai eu le temps de sortir une feuille de papier et d’écrire ce petit souvenir d’un jour. L’histoire de cette belle passante, qui ne t’a pas vue et que tu n’as pas su retenir.
Merci mademoiselle, c’est la première fois depuis longtemps, que j’apprécie qu’un avion ait tant de retard.
Je n’en ai pas l’air mais je viens de découvrir que j’ai un point commun avec David Douillet. Si !...
Ça ne saute pas aux yeux tout de suite, et pourtant… Il chante aussi faux que moi. Je viens de l’entendre chanter « La Marseillaise » ce magnifique chant guerrier qui incite à la haine et à
l’extermination de tous ceux qui sont différents, de tous ceux qui ont un sang impure ! Pour ceux qui auraient oublié ces superbes paroles :
“Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu’un sang impur
Abreuve nos sillons !”
Je croyais que ce genres de propos étaient interdit !... Sauf quand on chante la marseillaise.
Hey les mecs, il serait peut-être temps de changer les paroles, non ? Expliquez-moi qui sur terre a un sang impur ?
- Ben les autres, tous ceux qui ne sont pas comme nous !
- C’est bien ce que je pensais.
Si David s’en prend à tous les Goliath qui ont un sang impur… c'est-à-dire à tous ceux qui ne sont pas dans son camp… ça va saigner à l’assemblée !
« Longtemps, j’ai fait des cauchemars, je me réveillais en hurlant, trempé de sueur : alors, j’ai
appris à tutoyer les fantômes. »
Ce n’est pas de moi mais de Cédric Erard dans « J’ai pas sommeil. »
J’adore cette expression : « Tutoyer les fantômes. » Je n’ai jamais su expliquer les rêves et je ne tiens surtout pas à comprendre les miens. A l’inverse de Lew, je revois rarement ceux qui sont déjà partis, j’aurais plutôt tendance à tuer ceux qui sont encore vivants.
Si Lew écrivait hier : « Lew : Ne jamais dormir... » Voici ce que j’écrivais vendredi. Je l’ai laissé tel quel.
Je ne sais pas ce que sont vos rêves, excepté ceux de Pribislav puisqu’il nous les raconte sur son blog « Les rêves de Jérémie. » Les miens sont souvent d’une stupidité verticale. Avec toutefois un avantage : aussi horribles soient-ils, ils ne sont jamais prémonitoires. Heureusement car sinon, j’aurais déjà enterré la moitié de ma famille. Ils ne sont pas toujours désagréables mais raisonnables dans leurs incohérences. Les mêmes fantômes reviennent y trainer leurs guêtres, pour certains pas aussi souvent que je le souhaiterais. Alors je passe des nuits entières à les chercher en vain.
Je vous ai déjà raconté mes histoires de loups et de cigognes, récemment c’était un lion qui avait élu domicile dans le jardin. Genre celui de la Métro Goldwyn Meyer, grande gueule mais pas méchant pour deux ronds. On avait fini par l’apprivoiser, jusqu’à ce que mon cousin vienne l’énerver à coups de bâton. Comme d’hab. une connerie à faire… mon cousin est là. Imaginez un mélange de Zorro et de Gaston Lagaffe, voilà c’est lui ! J’ai fini par l’attacher. Le lion, pas le cousin. Dommage ! Puis je l’ai confié au bon soin de la police municipale… le lion. Bien sûr, ils n’en voulaient pas. Z’ont pourtant fini par le prendre. Hey ho ! C’est mon rêve, c’est moi qui décide. Enfin pas toujours…
Cette nuit, j’avais un enfant supplémentaire et un autre qui était mort. Mais nous n’en étions pas certains car il était toujours chaud ! De ce fait nous hésitions à l’enterrer, nous ne sommes pas des sauvages quand même.
Le pire c’est qu’au réveil, pendant quelques angoissantes secondes je ne sais plus s’il est réellement mort. L’horreur. Vu l’état du lit ce matin, je ne saurais dire contre lequel j’ai le plus lutté : le lion ou la mort ? Je m’améliore, je n’ai pas étranglé la lampe de chevet !
Quand mon fils m’a téléphoné ce midi, je ne lui ai rien dit mais j’étais trop content d’entendre sa voix. Plus préoccupé par le timbre de cette voix, qu’attentif à ce qu’il me demandait.
Pour le dîner, ma mère m’avait demandé de retenir Lætitia et Stéphanie, qu’elle ne connaissait pas. Les filles semblaient enchantées. Moi, je sentais les difficultés et le piège se refermer. J’avais mis en marche une machination qu’il devenait bien difficile de contrôler.
Ma mère et Stéphanie furent ravies de faire connaissance. J’aurais préféré l’inverse. Maman, égale à elle-même, comprenait tout le contraire de ce que je lui disais. Écoutait-elle seulement ce qu’elle avait envie d’entendre ? Quand je lui disais : « Ce n’est qu’une amie. » Elle comprenait : « C’est ma petite amie ! » Quand je lui disais : « Il n’y a rien de fait, nous voulons seulement apprendre à nous connaître. » Elle comprenait : « Je suis amoureux, je m’entends trop bien avec elle ! » Je me demande toujours si je parlais la même langue qu’elle. Ainsi, quand je demande au boucher une entrecôte bien fine, pourquoi me sert-il une côte de bœuf en me disant ironiquement : « Comme ceci, ça ira ? » Quand je demande une baguette bien blanche, pourquoi me donne-t-on la plus brûlée ? On ne m’écoute jamais ou est-ce moi qui délire ? Toutes ces petites choses m’effraient, car le jour où je devrai dire à Stéphanie que je ne l’aime pas et qu’il faut tout arrêter, que va-t-elle comprendre ? « Je t’aime, c’est la vie que je voudrais passer avec toi ! » J’avais peur.
J’ai écrit ces quelques lignes, il y a trois ou quatre ans. Quand je les relis aujourd’hui j’ai l’impression de vivre la même chose. Quand tout sera fini, je crois que je pourrai écrire un deuxième livre… pour raconter le premier !
Je croyais qu’avec les e-mails la vie serait simplifiée, que tout irait plus vite. Je me disais : même si La Poste fait des prodiges, elle ne pourra pas rivaliser. Si, si… elle fait des prodiges. Bon… pas toujours mais des fois !... Le problème avec les e-mails c’est que nous en recevons de trop. J’ai l’impression de vivre dans un monde de facilité ou pourtant tout devient de plus en plus compliqué. L’impression que si j’avais été avec le photographe, la photo serait différente. Si j’avais été avec le graphiste, la mise en page serait différente et la couverture aussi. Mais je ne suis ni photographe, ni graphiste. En mai la couverture ressemblait à ça :
J’avais fini par m’y faire, presque par l’adopter. En Septembre, changement de graphiste et changement de couverture.
Moi, je préférais l’autre. Alors comme toujours je l’ai ramené… Je leurs ai dit que je préférais le titre en majuscules. (C’est vrai qu’il était beau le titre en majuscule ! Non ?) Que le texte de la 4ème de couverture était mal cadré et que j’aurais bien aimé un fond de couverture plutôt beige très clair ! Je crois que j’aurais mieux fait de me taire, car voici ce que ça va donner…
C’est beige très clair ça ? Moi je vois plutôt du gris ! Pour le titre j’avais oublié de préciser : en gras les
majuscules… Je n’ose plus rien dire. De toute façon maintenant… c’est trop tard. A moins que… d’ici Noël, Publikook se fasse racheté par Gallimard ! Et là… je l’aurai enfin ma couverture beige clair !
Un petit avantage : de 466 on est passé à 470 pages, pour le même prix, c’est cool !
Pendant des années, avant la guerre… (La guerre du Golfe bien sûr !) Avant que notre cher président
Attali ne nous mette sur la paille et que la CSG (merci monsieur Rocard) Sécu et Impôts en tête, ne décident que tous nos maigres avantages devaient être taxés, nous pouvions voyager à des prix
raisonnables. La compagnie nous faisant 90% de réduction sur le voyage le moins cher. Ainsi une année où les coups de cœur sur la Floride étaient à
3000 francs nous sommes partis pour 300 francs par personne. Cette année-là le comité d’établissement ayant aussi négocié les prix, pour 2500 francs la semaine d’hôtel à quatre + la voiture de
location, nous partîmes quinze jours visiter cette partie des Etats-Unis que je ne connaissais pas. Je n’étais pas seul, Michel vint aussi avec toute sa famille et moi avec la
mienne.
Le jour du départ, la classe éco étant surbookée à mort et la classe affaire déserte, nous fûmes surclassés tous les huit. Embarquement et décollage normal. Au moment où je me levai pour aller discuter avec mon pote Michel… horreur et damnation… deux sièges derrière : mon patron avec toute sa petite famille ! Oh non !... Je ne l’avais pas vu à l’enregistrement. En un éclair je saisis toute l’horreur de la situation, car s’il était là, dans cet avion, peut-être allait-il faire le même circuit que nous ! J’allais ainsi voir sa tronche de cake tous les matins au petit déjeuner ou au bord de la piscine… Ce n’était pas un mec désagréable mais bon… les vacances… c’est les vacances !
Heureusement, passé la douane nos chemins se séparèrent. J’étais même plié de rire en le voyant galérer à mort avec le douanier qui apparemment ne comprenait rien à son bel anglais littéraire. Le mien de douanier avait vite compris qu’avec moi toutes conversations, même des plus rudimentaires étaient inutiles et qu’il valait mieux me laisser passer. Ce qu’il fit sans discuter. Le temps de récupérer les valises et nous voilà dans un bel hôtel sur Miami Beach.
Le lendemain matin, réveillés de bonne heure à cause du décalage horaire, nous étions sur cette belle plage aussi désertique que mythique pour un petit européen. Plage déserte en plein mois d’août, quand on est habitué à celles surpeuplées de France… cela fait doublement rêver. Seul un couple avec deux enfants était déjà installé. Je regardais l’océan en me disant que la France était si loin de l’autre côté… et j’y étais la veille !
Quand je vis soudain du coin de l’œil, la jeune femme quitter son mari et ses enfants et venir vers moi ! Je regardais mieux, je ne la connaissais pas et elle ne pouvait pas me connaître puisque je n’étais jamais venu en Floride ! Je me retournais discrètement pour voir s’il y avait quelqu’un derrière moi… J’étais seul ! C’est seulement quand elle fut en face de moi et qu’elle me tendit la main en me disant : « Bonjour Alexis. Comment vas-tu ? » Que je la reconnus. C’était Martine !
Le temps d’échanger quelques mots et elle regagna sa famille. Quant à moi, à peine retourné, j’avais droit à l’interrogatoire d’usage :
- Qui c’est ?
- Qui c’est… qui c’est… c’est Martine !
J’avoue être assez taquin et j’aime bien en rajouter dans ces cas-là. Car enfin, ce n’est pas tous les jours, qu’à peine débarqué sur Miami Beach toutes les nanas de la plage (Bon… certes, il n’y en avait qu’une !) se précipitent pour me dire bonjour !
J’en ris encore en écrivant ces quelques lignes car c’était évidemment très comique. Martine était notre secrétaire. Encore un peu j’allais avoir le patron d’un côté, la secrétaire de l’autre… et puis quoi encore ? Pour ma défense, Martine venait, sans m’avertir, de changer de coiffure et je ne l’avais pas souvent vue en maillot de bain !
Tu vois Stephan, moi aussi, je suis connu dans le monde entier ! Mais ça ne marche qu’à Miami Beach, dans les chambres d’hôtel de Nantes… j’ai beaucoup moins de succès !
Alexis Damaure.