Qui a lu « Paul et virginie… » jusqu’au bout ?

On ne m’avait jamais forcé à lire ce livre et je n’en avais jamais eu ni l’envie ni la curiosité. Jusqu’au jour où je suis allé en vacances à l’île Maurice. J’y ai rencontré un vieux monsieur d’une gentillesse et d’une hospitalité exemplaire, qui, croyant sans doute me faire plaisir me posa cette terrible question :

-           Vous avez déjà lu « Paul et Virginie ? »

Celle-là je ne l’avais pas sentie venir et j’avoue que pour passer pour un con c’est de première. Faire seize heures de vol et n’avoir jamais lu l’un des rares bouquins qu’un français s’était donné la peine d’écrire sur cette île… Bonnet d’âne ! Obligé d’avouer :

-           Non.

-           Moi je l’ai lu, trois fois.

C’est bon, on n’allait pas en faire un drame. « Paul et Virginie » j’en avais entendu parler, je connaissais surtout la chanson de Jean-Jacques Debout : « Redeviens Virginie » excusez-moi du peu. Mais je compris tout de suite que ce n’était pas le moment de ramener ma science. Devant mon ignorance il eut la courtoisie et la gentillesse de ne pas insister.

Le lendemain, un peu vexé et toujours curieux d’avoir un livre intéressant à lire, de passage à Port-Louis je me lançais à la recherche de ce livre. Il me fallait absolument palier à cette lacune dans ma culture personnelle. Je n’eus aucun mal à le trouver, un livre de poche – je n’aime pas les livres de poche – mais bon ce n’était pas le moment de faire le difficile.

J’achetais ce livre qui avait été imprimé à Nantes à deux pas de chez-moi, un comble ! Je commençais à le lire, persuadé d’avoir raté quelque chose dans ma vie, car si ce monsieur s’était donné la peine de le lire trois fois, ce ne pouvait être sans raison.      

Alors imaginez ma stupéfaction en lisant la préface qui commençait ainsi : «  Paul et Virginie le livre le plus médiocre et le plus lu de la littérature française. »

Ça alors, quelle surprise ! Etait-ce un éditeur suicidaire ou blasé qui en avait marre de vendre des livres, toujours les mêmes ? Vous savez un peu comme ces personnes qui vendent des billets d’avion dans les aéroports et qui en ont marre. Et chaque jours des gens, des casse-pieds, viennent leurs demander quoi ? Je vous laisse deviner : des billets ! Et oui un peu normal, puisqu’ils sont à la vente. Enervés ils vous servent alors avec une mauvaise humeur et un agacement évidents.

Ou était-ce une ruse de la part de l’éditeur qui cherchait à piquer ma curiosité ? Vous savez ce que c’est, il suffit de nous dire : « Ne le lit pas c’est nul. » pour qu’on en ait encore plus l’envie, pour voir… Je m’y attelais donc curieux de découvrir ce que c’était un Best-sellers médiocre.

J’ai vu, il est vrai que l’histoire n’est pas très passionnante. Je m’attendais à un amour impossible en deux jeunes gens de cultures différentes, même pas.

Mais maintenant vous pouvez me poser la question : oui j’ai lu « Paul et Virginie. » Qu’une seule fois mais je l’ai lu. 

Aujourd’hui je repensais à ce vieux monsieur, qui hélas est décédé depuis, mais qui m’a donner l’envie de lire cette histoire.

Je me disais que finalement si un livre aussi médiocre a eut tant de succès, peut-être que tout le monde peut en avoir autant. Merci Bernardin, tu m’as remonté le moral !      

 

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