Dans mon enfance j’ai été bercé par Daudet, Pagnol et tous les autres. Tous ces mecs qui avaient toujours des histoires géniales à raconter. Avec des personnages hauts en couleur et des sensibilités magistrales. Impossible de ne pas les aimer, de ne pas tomber sous le charme.

L’histoire que je préfère de Daudet ce n’est pas « La chèvre » mais « Les vieux. »

Pour résumer vite fait, Daudet va rendre visite aux grands-parents d’un ami. L’ami Maurice, qui vit à paris, ne les a pas revus depuis dix ans, pas sérieux. Alors quand Daudet arrive, il est reçu comme un ministre, comme s’il était leur petit-fils. On le fait asseoir, on le fait manger et à la fin du repas… mais voici quelques extraits :

   « Pendant ce temps, un drame terrible se passait à l'autre bout de la chambre, devant l'armoire. Il s'agissait d'atteindre là-haut, sur le dernier rayon, certain bocal de cerises à l'eau-de-vie qui attendait Maurice depuis dix ans et dont on voulait me faire l'ouverture. Malgré les supplications de Mamette, le vieux avait tenu à aller chercher ses cerises lui-même ; et, monté sur une chaise au grand effroi de sa femme, il essayait d'arriver là-haut...

Enfin, après bien des efforts, on parvint à le tirer de l'armoire, ce fameux bocal, et avec lui une vieille timbale d'argent toute bosselée, la timbale de Maurice quand il était petit. On me la remplit de cerises jusqu'au bord; Maurice les aimait tant, les cerises ! Et tout en me servant, le vieux me disait à l'oreille d'un air de gourmandise :
- Vous êtes bien heureux, vous, de pouvoir en manger !...
C'est ma femme qui les a faites... Vous allez goûter quelque chose de bon.
Hélas ! Sa femme les avait faites, mais elle avait oublié de les sucrer. Que voulez-vous ! On devient distrait en vieillissant. Elles étaient atroces, vos cerises, ma pauvre Mamette... Mais cela ne m'empêcha pas de les manger jusqu'au bout, sans sourciller
Le repas terminé, je me levai pour prendre congé de mes hôtes. Ils auraient bien voulu me garder encore un peu pour causer du brave enfant, mais le jour baissait, le moulin était loin, il fallait partir. »

 

J’adore ces personnages et leurs délicatesses. Oui, elles étaient atroces tes cerises Mamette mais fallait-il te le dire ? Fallait-il faire un scandale et refuser de manger ces horreurs au risque de te briser le cœur ?  Bien sûr que non et tu as très bien fait Alphonse.

Hier je regardais un reportage sur l’Ingouchie, une des républiques de Russie. Je crains que les Ingouches n’aient pas lu Daudet. Ils en sont encore à s’entretuer pour de sinistres motifs de jalousie, de vengeance et de vendetta entre les différentes familles du pays.

Un exemple : un couple divorce mais au moment de partager les meubles les deux familles se querellent pour la machine à laver. Résultat : 7 morts dans l’une des familles dont les membres survivants vont bien sûr se venger. Combien de morts pour une machine à laver ?

Et une vielle dame de s’expliquer devant la caméra :

-       C’est comme ça, c’est la tradition.

Encore un peu elle allait parler de culture !

Les humains me désespèrent, nous sommes à des années lumière des histoires qui ont bercées mon enfance.

   

Merci à vous Daudet, Pagnol et tous les autres qui m’avez appris tant de choses. Je ne suis pas un modèle mais à côté des ingouches je me sens presque parfait ! 

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