Tome 2 - Nov 2013 - 3 JPG


La lettre. - Tome 2 - Si tu avais été...

-          Pendant tout le week-end, j’ai dormi ici, dans ton lit. J’ai pleuré sur ton oreiller en respirant ton odeur. Et Nicky m’a fait un sourire.

-          Nicky ! Un sourire ?

-          Oui. Enfin, c’était peut-être une grimace mais qui ressemblait à un sourire… Je t’ai aussi écrit une lettre. Tu veux la lire ?

-          Oui, où est-elle ?

-          Sur ton ordinateur, elle s’appelle : « À Bryan ».

-          « À Bryan » c’est tout ?

-          Oui, je ne savais pas qui la lirait.

-          T’as vraiment cru que je ne la lirais jamais ?

-          Je ne sais pas. J’avais peur.

J’ouvris sa lettre et commençai à lire :

« Mon cher Bryan,

Je suis seul et j’ai peur.

Seul dans ta chambre, cette chambre que j’ai tant imaginée, dans laquelle nous nous sommes tellement aimés. Où es-tu ? Tu t’en vas toujours sans prévenir. Il y a quelques jours, tu étais à Deauville. Je l’ignorais et me posais déjà cette question. Aujourd’hui, je me la pose encore. Je sais où tu es et pourtant, tu n’y es pas. Je me demandais où tu étais mais je savais que tu reviendrais… Ce soir, je ne sais plus. Tu es parti si loin ! Je ne peux te joindre mais je suis déjà prêt à te rejoindre.

Je suis seul et j’ai peur.

Je m’en veux de ne pas t’avoir écouté. Mon esprit m’a commandé une chose, mon corps en voulait une autre. Lorsque j’ai fermé la porte, tu étais d’un côté et moi je pleurais déjà de l’autre. Je mourrais d’envie de te serrer dans mes bras. Pourquoi je ne l’ai pas fait au lieu de te laisser partir ?

Je suis seul et j’ai peur.

Ce jour-là, tu t’es levé, décidé, et tu as traversé toute la ville pour me rejoindre. Tu avais certainement préparé et choisi tes mots. Mais moi qui n’ai pas fait un pas vers toi, j’ai refusé de les entendre. Tu venais pour faire la paix, je n’en ai pas voulu. Les regrets me hantent. Je t’ai quitté fâché. Tu es parti sans me dire adieu, ce ne peut être qu’un au revoir. Tu vas revenir, obligé !

Je suis seul et j’ai peur.

J’entends encore ta voix. Je te revois dans cette chambre, en colère, refusant même de m’embrasser. Cette nuit, je te l’ai pris, ce baiser que tu n’as pas voulu me donner. Où étais-tu ? Tu n’as même pas réagi. Par quelles pensées te laisses-tu distraire ? Je suis encore troublé par ce baiser volé. Tu es là-bas, étendu, inconscient, vulnérable…

Tant que je sentirai la chaleur de ton corps sous ta peau, tant que j’entendrai le souffle de ta respiration, je ne perdrai pas espoir.

As-tu toujours envie de vivre ou est-ce tous ces tuyaux qui te forcent ?

Je ne me suis jamais senti aussi seul et j’ai peur !

Où sont nos rires ? Où sont nos joies ?

C’est vrai, je n’ai pas respecté ma parole. Est-ce si grave que tu m’ignores ? Tu joues l’indifférence. Tu ne me regardes plus, tu ne me parles plus, tu ne me souris plus. Cette statue de toi-même, ce n’est pas toi. Je ne la supporte plus. C’est toi, sans l’être vraiment. Il en manque une partie, la plus importante. Où es-tu ? Tu me manques.

Je suis seul dans ta chambre, je pleure et personne pour me consoler. Personne pour me dire, comme tu savais si bien le faire : « Je suis ton ami, je t’aime, tu peux compter sur moi, tu le pourras toujours. Je suis là pour t’écouter… te comprendre. Arrête-toi ici, repose-toi, je veux veiller sur toi. » Je t’aime, mais j’ai peur.

Ton ami, Kévin. »

 

Pendant la lecture, Kévin s’était assis à côté de moi et me tenait par le cou. Sa joue contre la mienne, cette lettre, son bras sur mes épaules, la chaleur et la douceur de son corps, le souffle de sa respiration… Lorsque j’eus fini de lire, j’étais en larmes. Je me croyais blasé de tout. Avec toi, mon cœur et mes yeux desséchés se sont embrumés. Combien de fois ai-je pleuré ? Pour toutes sortes de raisons… larmes de joie, de rage, de bonheur ou de désespoir. Je ne savais pas que la vie c’était tant d’émotions !

 

Retour à l'accueil