Livre - bis-copie-1
Peut-on aimer raisonnablement ? - Si tu avais été...

J’aurais voulu t’aimer raisonnablement. Deux opposés car l’amour est tout sauf raisonnable. Il est incendiaire. Il nous pousse à faire toutes les bêtises que nous ne ferions pas en temps normal. Il étouffe notre conscience, nous consume et nous transporte.

  En attendant, je décidais d’enfouir mes sentiments et mes attirances. Je voulais les refouler au plus profond de mon âme, au plus profond de mon cœur, afin de m’en libérer et qu’ils y restent pour toujours. Mais peut-on ainsi s’en défaire ? Pourquoi n’y sont-ils pas restés ? Pourquoi ont-ils rompu leurs liens ? Pourquoi cette mutinerie ?

J’aimais ce garçon. Pourtant combien de fois ai-je tenté de me persuader du contraire, qu’il était tout à fait ordinaire, sans rien de plus que les autres, même pas beau ? Il ne fallait plus y prêter attention, ne plus m’en occuper et tout allait rentrer dans l’ordre. Premières choses à faire : ne plus le chercher, ne plus le regarder, cesser de penser à lui et de me répéter que je l’aime, comme si c’était de l’auto-conditionnement. Résolution absurde puisque je n’y arriverai jamais ! Chaque matin, je faisais tout le contraire. Au réveil, mes premières pensées étaient pour lui. Ensuite, à peine arrivé au lycée, j’avais besoin de le voir, de savoir qu’il était là. Ça me rassurait. Le pire c’est que j’avais l’impression qu’il faisait la même chose.

C’était toujours au moment où j’étais persuadé d’en être guéri, où je me croyais le plus fort, que j’étais soudain dévoré par l’envie de le revoir et, à la rencontre suivante, je sombrais de plus belle. Alors, en un instant, toutes mes certitudes s’envolaient. Je laissais mon cœur s’emballer et m’expliquer pourquoi il était si extraordinaire, si beau et séduisant. Pourquoi je l’aimais et que je l’aimerai toujours. Jusqu’au bout de ma vie, jusqu’au bout du plus lointain des voyages. Je ne savais plus quoi faire. Je n’arrêtais pas de me dire que je n’étais pas normal tout en espérant qu’il ne l’était pas non plus. Je ne cessais de me répéter que c’était mal mais je faisais tout pour le séduire…

  Fallait-il vraiment lutter ou se laisser aller et prendre la vie comme elle venait ? C’était facile à dire, pas facile à vivre. Je culpabilisais de plus en plus. J’avais parfois l’impression que toute résistance était inutile, que je luttais pour rien. Comme dans ces jeux vidéo, où lorsqu’on coupe un ennemi en deux, chaque moitié redevient un nouvel ennemi potentiel. La meilleure défense étant de ne plus lutter mais d’admettre la réalité et de laisser venir.

J’aimais un garçon. Même si je refusais d’y croire. J’étais prêt à le nier avec une énergie farouche. Seulement voilà, faire taire ses sentiments n’est pas qu’une question de volonté. J’ai voulu me protéger de cet amour impossible en me persuadant qu’il n’existait pas. Moi, qui avais peur du rejet des autres, je me suis rejeté moi-même. Mais je n’avais pas tout prévu. On peut mentir aux autres, pas à soi-même. Ces mensonges-là nous rongent de l’intérieur. Je connaissais mes sentiments. Je savais ce que j’avais dans le cœur.

Comme une vague se retire pour mieux revenir, mes sentiments refirent surface avec une force inouïe, décuplée et incontrôlable. J’étais comme le capitaine d’un navire perdu en pleine tempête, sans savoir quoi faire. Parfois persuadé qu’il valait mieux faire demi-tour, parfois convaincu de mon insubmersibilité et qu’il fallait au contraire aller de l’avant. Mais peu importe puisque la barre ne répondait plus et que j’allais au hasard, porté par les vents, par cette force invisible qui s’appelle l’amour et qui n’obéit à aucune règle, à aucune loi ni à aucune logique…

Retour à l'accueil