En 1944, Roger Peyrefitte écrivit « Les amitiés particulières. » Livre qui ne passa pas inaperçu surtout quand il se vit décerné le prix Renaudot. Ce qui fit scandale dans la France catho de l’époque. Ce n’était pourtant pas une première, puisque d’autres bouteilles, avant lui, avaient déjà été jetées à la mer. C’est ce que fit un jeune homme de vingt ans, Louis Beysson en 1876, lorsqu’il écrivit : « Géri ou un premier amour. » Devenu depuis : « Le secret de Géri. »

Un quart de siècle plus tard, en 1901, ce sera au tour d’Achille Essebac d’écrire une nouvelle histoire d’amitié particulière – mais le sont-elles vraiment ? – avec « Dédé. »

Depuis bien d’autres livres sont sortis sur le sujet, comme « J’ai pas sommeil. » de Cédric Erard en 2003, « Comment te le dire ? » de Mikko Ranskalainen en 2005 etc.

En 1964, le roman de Roger Peyrefitte fut porté à l’écran par Jean Delannoy. Avant de se lancer dans cette aventure, le réalisateur s’était assuré du soutien de la censure moyennant quoi, il promettait d’aborder sobrement la pédophilie des prêtres, ce qu’il fit. Mais dès la parution du film, cette même censure, qui portait bien son nom, lui planta un coup de couteau dans le dos en jugeant le film immoral et en l’interdisant aux moins de dix-huit ans. Ce qui représentait évidemment un manque à gagner important pour la production.

Quelques années plus tard, j’étais dans un internat de garçons. Et il y en avait de très beaux. Mais j’eus la chance pendant ces trois années d’être amoureux d’une petite blonde aux yeux bleus, qui m’évita de souffrir inutilement. Nous n’avions pas vu ce film, puisque les Divx et les Dvd n’existaient pas. Il arriva pourtant une chose étonnante, enfin moi elle me surprit.

Un jour que plusieurs camarades parlaient de ce film et que j’ouvrais toutes grandes mes oreilles – car ce n’était pas si souvent que nous abordions le sujet – un autre vint se mêler de la conversation. Quand il comprit de quoi nous parlions, il s’exclama :

-           Ah oui ! Le film sur les pédés.

Pendant que ces paroles me mettaient mal à l’aise, mon meilleur ami, dont je devais tomber amoureux plus tard – amour qui fut certainement le plus douloureux de ma vie – lui répondit :

-           A cet âge là, ce n’est pas être pédé.

Cette réplique mit fin à la conversation car personne ne releva. Et moi je tombais sur le cul en me disant : « Comment tu sais ça toi ? » Car mon ami, comme tout le monde, n’avouait s’intéresser qu’aux filles. Et moi qui pensais être le seul à éprouver ce genre de sentiment.

Tu ne pouvais dire cela par hasard. Si tu savais ces choses, c’était que toi aussi tu étais déjà tombé amoureux d’un copain. Ceci était déjà une révélation en soi mais ce qui me stupéfia c’est que personne ne démenti, pas même celui qui associait ce genre d’amour à de la pédophilie.

Nous n’en avons plus jamais reparlé et probablement que mon ami ne se souvient-il pas d’avoir un jour prononcé ces paroles. Mais moi, je ne les ai pas oubliées.    

 

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