Comme je le disais, nous menons nos vies en gérant nos amours au mieux, ce qui n’est pas toujours facile. Pendant toute ma vie, je ne me suis guère posé de question, pas le temps sans doute, jusqu’à ce que je commence, il y a quatre ans, la rédaction de ce livre. Un an plus tard, en 2006, je me décidais de faire ce que je n’avais jamais pris le temps de faire : lire « Les amitiés particulières. » En cherchant ce livre sur Internet, j’en découvris un autre : « Comment te le dire ? » de Mikko Ranskalainen. Si vous ne l’avez pas lu je vous le conseille. Dans ce livre Mikko nous raconte une partie de sa vie, surtout combien il a souffert en tombant amoureux d’un copain à l’âge de 12 ans. Je me suis alors demandé pourquoi moi, à qui cela était arrivé plus souvent qu’à mon tour, n’avais-je pas tant souffert ?
  Il y a probablement des tas de raisons. Mikko n’avoue qu’un amour – je ne sais pas s’il nous a tout dit – mais ce qui le fit tant souffrir c’est que six ans plus tard, à 18 ans, il était toujours amoureux du même mec. Il a vécu une aventure extraordinaire, je pense que plein de mecs aimeraient vivre la même, mais ce genre d’amour n’est jamais simple.
  Une grande différence avec moi, c’est qu’à chaque rentrée scolaire je tombais amoureux d’un ou d’une autre. Et vu le nombre de mes amours – je n’en avais jamais fait le compte avant – il est probable que certaines années je sois tombé amoureux deux fois, de ce fait : pas le temps de souffrir.
  Je me savais différent des autres, étant donné que personne n’avouait vivre ce genre d’amour, mais peut-être pas un cas désespéré puisqu’il m’arrivait parfois de tomber amoureux d’une fille.
  Il est probable, que si ces amours s’étaient éternisés, j’aurais souffert autant que Mikko. Car le dernier qui dura deux ans, de 19 à 21 ans, ne se passa pas aussi facilement que les autres. Un autre avantage que j’ai eu sur Mikko, qui a passé six ans, ou peut-être plus, à se demander si son ami partageait les mêmes sentiments, car tout était là pour le laisser supposer, c’est que pour moi les choses étaient claires. Avec mon copain je savais n’avoir aucune chance, c’est du moins ce qu’il affichait publiquement.
  Je te vois déjà froncer les sourcils, Jade, et te demander ce que cela signifie ? Tout simplement qu’il avouait, et je le crois, ne s’intéresser qu’aux filles. Alors tu te doutes que je n’ai jamais tenté la moindre approche. Mais faire semblant d’être indifférent quand on crève d’amour et d’admiration… pas facile. Il y a forcément des moments d’inattention où des mots, des regards, nous trahissent. La première fois, il me remit sèchement à ma place, la deuxième – le temps d’assimiler sans doute – il en rit en me disant :
- C’est bien de t’inquiéter autant pour moi.
  Nous n’en avons jamais reparlé.
  Après nous avoir conté tout ce qu’il a souffert, Mikko finit son livre en disant, en substance, car je n’ai pas son livre sous les yeux :
  « Aujourd’hui, ce que je souhaite, c’est tomber amoureux d’une jeune fille, l’épouser et avoir des enfants avec elle, j’ai trop souffert d’avoir marché de travers. » 
  Je suis resté en arrêt devant cette phrase, car à 20 ans, il a évidement prit le temps d’y réfléchir avant d’arriver à cette conclusion. Je n’ai jamais pris le temps de cette réflexion mais au même âge, c’est exactement ce que je souhaitais. Ainsi, trois ans après cette dernière aventure masculine, lorsque je suis inespérément tombé amoureux d’une magnifique jeune fille, je ne me suis plus posé de question et je l’ai épousé.
  Je ne sais pas ce que Mikko est devenu et s’il a mis son projet à exécution, je sais seulement, pour l’avoir fait, que lorsqu’on cite cette phrase à un homo, la réaction est immédiate. Je n’ai pas eu le temps de finir ma phrase qu’il me disait :
  - Non, si c’est pour faire semblant, je ne pourrai pas.
  Mais je n’ai pas fait semblant.
  Je l’ai déjà écrit : nous ne pouvons regretter que les occasions ratées, pas d’occasions… pas de regrets. Les seuls regrets que j’aurais aujourd’hui, si je n’avais pas fait ces choix, ce serait précisément de ne pas les avoir faits.
  Voilà Jade, je ne sais pas si c’est clair mais c’est ainsi que les choses se sont enchaînées.

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