Avion-6-copie-1.jpg 

Dimanche soir c’était le retour, seul. Enfin, façon de parler : je n’étais hélas pas seul dans l’avion. Retour un peu plus mouvementé que l’aller et beaucoup plus drôle aussi. Je n’ai vraiment pas de chance, enfin si, à un siège près… j’ai eu beaucoup de chance.

Déjà petit retard à cause du dégivrage de l’avion vu la température négative. Je crois que dans ces cas-là il est plus long d’en prendre la décision que de faire le dégivrage lui-même, ce n’est que mon humble avis. Mais ça… ce n’était rien en comparaison de la calamité qui nous guettait : un groupe d’une dizaine de mômes voyageant seuls. Pourtant ce n’était pas la fin des vacances scolaires mais c’était la fin du week-end. Rappelez-moi : ne plus jamais reprendre le vol de 18H45 le dimanche soir. Vol Brit Air en Bombardier CRJ 1000, drôle de nom pour un avion civil ! Pourtant dans un certain sens, nous allions assister à un véritable bombardement.

J’étais à l’arrière de l’appareil, côté hublot, à ma droite une charmante jeune femme avec qui, malgré nos petits malheurs, j’ai bien rigolé.

Devant moi, un môme (8/9 ans) et à côté Calamity Jane : une petite fille (5/6 ans). Derrière nous deux jeunes (10/11 ans) avec la panoplie : sac à dos, lecteur MP3 ou 4 je ne sais plus (ça change tout le temps), casque sur les oreilles etc. Celui qui était derrière moi (Hugo, car nous avons beaucoup entendu son prénom) avait un livre sur les genoux. Un bavard qui, entre deux pages, nous a raconté une grande partie de sa vie. J’ai ainsi appris qu’il avait un grand frère qu’il ne connaissait pas car son père et lui s’étaient un peu perdu de vue.

      Pourquoi ? lui demanda son compagnon de voyage.

      Nous n’avons pas la même mère.

Ce qui pour lui semblait être une raison suffisante.

      Tu aimes lire ? demanda Hugo.

      Non, pas trop.

      Moi j’adore ça.

Il est vrai qu’il ne lâcha pas son bouquin en mangeant son casse-croute au jambon, même quand sa petite sœur…

Après 20 minutes de vol, le môme devant moi appuya sur l’appel hôtesse, qui pour l’occasion étaient des stewards, deux seulement pour un avion de 100 passagers. C’est peut-être suffisant en temps normal mais dimanche soir, un troisième aurait été le bienvenu. La petite fille à ses côtés (Calamity, qui était en fait la sœur d’Hugo, pas bête Hugo, il l’avait refilé à un autre !) voulait aller aux toilettes (elle aurait dû y rester) mais elle n’arrivait pas à sortir, empêtrée avec sa ceinture, sa tablette et son verre de jus d’orange…  Le stew vint la libérer. Cinq minutes plus tard elle était de retour et encore cinq minutes et elle vomissait partout. Un vomi couleur carotte mais… ça ne sentait pas la carotte. Quand je dis partout c’est partout. Sur elle, sur sa tablette, sur son siège mais aussi sur son petit voisin tétanisé qui en prit sur son blouson, son pantalon et même son sac à dos qui était à ses pieds. Je crois que lui aussi il évitera à l’avenir le vol du dimanche soir ! On se demande comment une si petite fille puisse vomir autant. Sachant qu’en avion, le risque c’est la contagion par l’odeur alléchée. Heureusement ce ne fut pas le cas, on ne peut pas avoir toutes les malchances. C’est à ce moment-là que je compris ce que Bombardier voulait dire et que j’étais quand même un sacré veinard, car à un siège près c’aurait été pour ma pomme.

Re-appel hôtesse et c’est le même stew qui répondit. Je vis son visage se décomposer devant l’ampleur des dégâts. Epongeage avec une montagne de serviettes en papier et l’odeur commença à envahir la cabine.

      Aaaah ! ça sent la gerbe ! s’exclama le voisin d’Hugo.

      C’est ma sœur, répondit celui-ci sur un ton mi-fier, mi-résigné.

Une voix derrière, car il y avait des mômes tout autour de nous :

      Hugo, ta sœur a vomi !

      Je sais, s’exclama-t-il en croquant à belles dents dans son jambon-beurre. (je le voyais dans le reflet du hublot.)

Une autre voix derrière :

      Hugo ta sœur a vomi !

      Je sais, répondit-il en continuant de discuter avec son voisin et sans bouger pour aller l’aider.

La jeune femme à côté de moi était pliée de rire, elle n’était pas la seule.

      Bonjour la solidarité entre frère et sœur, me dit-elle.

D’un autre côté, si l’odeur du vomi l’avait aussi redu malade, il valait mieux qu’il reste à sa place. Et il continua la conversation avec son voisin :

      J’ai eu 13,5 tu comprends… ma mère a trop l’habitude de mes 18, 19 ou 20.

Je ne sais plus de quoi il parlait car j’avoue avoir un peu perdu le fil. J’ai vite sorti une feuille de papier et j’ai commencé à prendre des notes avant d’oublier les dialogues.

Le môme et la sœur d’Hugo ont quitté la zone sinistrée pour s’installer à l’avant de l’appareil. Puis le stew est revenu discuter avec Hugo.

      Qu’est-ce qu’elle a mangé ta petite sœur ?

      Du poulet et des pommes de terre.

      Elle a beaucoup vomi !

      Ben… vous savez… (sur le ton : puisqu’il faut tout vous dire) elle est peut-être malade !

      Ça doit être ça.

On n’y avait pas pensé !

Et pour la troisième fois :

      Hugo ta sœur a vomi.

      Elle n’ira pas à l’école demain, répondit Hugo sur un ton fataliste.

      Oh la chance ! s’exclama son voisin, moi demain j’ai anglais.

Ça voulait tout dire !

En fin de vol, une môme, de l’autre côté de l’allée, annonça triomphalement, en brandissant au-dessus de sa tête un grand cahier A4 à spirales, qu’elle avait écrit un conte.

      C’est mal écrit ! estima Hugo.

Moi je ne trouvais pas. Je n’ai pas osé leur dire que j’étais aussi en train d’en écrire un. Hugo n’aurait pas aimé mes gribouillages.

Après l’arrêt de l’appareil les mômes qui étaient devant et qui avaient raté le spectacle voulait tout savoir :

      La sœur d’Hugo a vomi ?

      Oui.

      Qu’est-ce qu’elle a fait ?

Alors l’auteur du conte mima Calamity en train de vomir. Je crois que la presse à scandale a encore de beaux jours devant elle avec la nouvelle génération.      

En sortant, j’ai vu la sœur d’Hugo, livide comme la neige, qui vomissait toujours et qui ne semblait pas apprécier la chance qu’elle avait. C’est comme ça les filles !

18H45… plus jamais ! J’ai eu de la chance une fois… j’ai épuisé le potentiel. D’un autre côté : qu’est-ce qu’on s’ennuie sur l’autoroute !

Retour à l'accueil