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Je vais peut-être retaper sur Olivier, j’aime bien. Il faut dire que c’est une belle pièce et un sujet inépuisable. Tenez dimanche, un de ses amis lui a offert une belle montre sans pile, à remontage automatique, avec « courroies » et engrenages… Il suffit de bouger pour remonter le ressort du barillet. Forcer un mec qui est au chômage à bouger juste pour remonter sa montre, je trouve ça particulièrement dégueulasse ! Bien sûr nous n’avons pas résisté au plaisir d’en plaisanter.

Olivier c’est l’hésitation personnifié, surtout quand il parle… mais quand il réfléchit aussi comme au Tarot par exemple. Quand il explique c’est mortel, au bout de cinq minutes ou j’éclate de rire, ou je lui crie dessus :

      Stop ! Arrête ! Où veux-tu en venir ?

Pour faire une phrase que faut-il ? Un sujet, un verbe… allez, un complément d’objet quelque chose… si nous sommes en forme. A écrire ce n’est pas toujours simple, à parler c’est à la portée de tout le monde. Oui mais non, pas tous… Pas Olivier ! Des mecs qui les commencent sans savoir les finir… j’en connais quelques-uns. Le pire c’est que j’en suis peut-être sans m’en apercevoir ! Voyez plutôt cette conversation téléphonique que nous avons eue l’année dernière :

      Salut, c’est Olivier.

      Salut. Ça va ?

      Bof…

Et voilà, ça commence, à la deuxième question il hésite déjà. Je suis con aussi, depuis le temps je devrais savoir que ça ne va jamais et que c’est la question qui tue… à éviter.

      T’es occupé ? demanda-t-il.

      Ouais.

En fait, il n’en a rien à foutre.

      Non… parce que… voilà pourquoi je t’appelle…

Oui. Et pourquoi m’appelles-tu ?

      T’es sur Internet ?

Oh !... Magnifique !... Enfin une belle phrase bien carrée.

      Non.

Quel dommage ! Et non mec, j’étais en pleine inspiration depuis au moins… un quart d’heure ! C’est à peu près le répit que j’ai eu cet après-midi entre deux intrus.

      Bon, ça ne fait rien… en fait… je voulais savoir… tu me dis « oui » ou tu me dis « non… »

Super ! J’ai le choix en plus !

      Je comprendrais très bien que tu me dises non… parce qu’il y en a… mais bon… tu comprends…

Ben non, pour l’instant je ne comprends rien. J’ai seulement compris que je n’étais pas sorti de l’auberge et qu’il serait plus prudent de sauvegarder mon fichier texte si je n’ai pas envie de le paumer définitivement.

      En fait… je voulais te demander… ton adresse e-mail…

      Non ! Je ne l’ai pas !

      Tu n’as pas d’adresse e-mail ?

      Si. Ce n’était pas à toi que je parlais, c’était à Léa. (Car en plus pour tout arranger c’était les vacances scolaires !) Non Léa, je n’ai pas de feuille à grands carreaux et je ne sais pas ce que tu as fait de la énième peinture que je t’ai offerte. Tu les revends ou quoi ? Ah !... ça a coupé !

Le temps de noter son nouveau numéro de téléphone et c’était reparti… Car en plus il n’a pas de pot Olivier, il venait de prendre un forfait chez Alice, c’était moins cher. Il n’a jamais eu ni le téléphone ni internet, mais quand même c’était moins cher. Coup de bol, c’aurait pu être le contraire !

      C’est moi !

      Ça a coupé, dit-il.

      J’ai vu.

      J’ai voulu te rappeler… parce que… quand j’ai vu… c’est la lampe de  la box qui s’est éteinte… j’ai voulu te rappeler… j’ai compris que… ça arrive des fois…

En retapant tous ces petits semblants de « phrases, » je réalise que tu avais tout bon, sauf que… pas tout à fait dans l’ordre !

      En fait…  je voudrais t’envoyer… des petits trucs sympas…

      Avec ou sans virus ?

Pour faire travailler ses neurones, Olivier, il y a deux trucs super efficaces : soit faire des mots croisés, soit discuter avec toi pendant deux plombes au téléphone. Je crois que des deux je préfère les mots croisés, car de temps en temps, quand j’arrive à capter un mot je me sens presque intelligent. Qu’avec toi, à la fin de la conversation, j’ai toujours l’impression d’être complètement idiot !

      Non, Léa, je n’ai pas pris ta peinture !

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