Livre - bis 

Mais comment faire pour le retenir ? - Chapitre 5-2  

 

  Heureusement mon imagination était là pour jouer les prolongations, pour revivre dans le détail tous ces instants merveilleux. Je revoyais ses expressions, son beau visage si près du mien, si près… mais si inaccessible… Son air étonné du matin, son sourire moqueur, ses regards inquiets et interrogateurs, sa gentillesse, sa générosité, toute l’attention qu’il m’avait manifestée. Ce mec était parfait ! Se posait-il les mêmes questions que moi ? Partageait-il mes sentiments ? Tant de choses pouvaient me le faire croire. J’étais bouleversé. Vingt-quatre heures plutôt, je ne savais rien de lui. À défaut de confident, j’écrivis tout sur mon ordinateur.

J’eus du mal à trouver le sommeil et ma nuit fut agitée par des rêves étranges. Je le cherchais toujours mais, là où j’étais, il n’était pas. Comme si mon cerveau le refusait. Pourquoi est-il aussi tordu ? Car enfin, c’est bien lui qui me disait : « Regarde comme il est beau ! » Mais pendant que je dormais, il s’ingéniait à me faire croire que c’était mal de l’aimer. Que je n’avais pas le droit, que je n’avais aucune chance, qu’il n’était pas à moi et qu’il ne le serait jamais ! Notre cerveau vit hors du temps et des contraintes physiques. C’est pourtant lui qui gère nos sentiments, nos envies et nos pulsions… en les condamnant quand on hésite. Cela ne m’empêchait pas d’être tout retourné, au petit matin, d’avoir pensé à Kévin et de l’avoir cherché toute la nuit ! Rêves trop vite abrégés par ce maudit réveil. Mais comme c’était pour le retrouver au lycée…

À peine levé, je découvris un mot posé sur le clavier de mon ordi, celui sur lequel j’avais écrit la veille : « Tu n’as pas rêvé, Kévin était réellement à la brocante ! » Au lycée, il arriva quelques instants après moi, nous allions tout de suite l’un vers l’autre, attirés comme les pôles contraires d’un aimant. Quel contraste avec l’époque où nous n’osions à peine nous regarder ! Mais nous n’étions plus à la brocante, nous étions au lycée… Et après une vigoureuse poignée de mains et les salutations d’usage, je ne savais plus quoi dire.

-          Ça va ?

-          Ça va ! Et toi ?

Par bonheur, Kévin avait plus de facilité de paroles que moi :

-          C’est dommage qu’on n’ait pas passé la soirée ensemble !

-          Oui, mais c’était un « non » ferme et définitif, elles étaient trop fatiguées.

-          Je l’étais aussi. Pourtant, j’ai eu du mal à m’endormir.

Il n’en dit pas plus, moi non plus. Que cette journée fut longue et ennuyeuse ! Nous nous sommes retrouvés après les cours. Il était sorti avant moi et j’avais cru qu’il m’attendait.

-          Toujours d’accord pour mercredi ?

Comment pourrais-je, ne serait-ce qu’imaginer, ne plus être d’accord ? Pourtant, encore une fois, je fis comme si… Je réfléchis une seconde avant d’accepter ce que je désirais le plus.

-          Euh… oui !

Je me rattrapai en lui proposant ce qui me démangeait depuis la veille :

-          On échange nos adresses et nos numéros de téléphone ?

C’est ce que nous fîmes. Kévin me suivit dans la rue. Je n’avais plus envie de le quitter, mais comment faire pour le retenir ? Je tentai une dernière question :

-          Tu rentres à pieds ?

-          Oui, tout le temps. Ma mère ne me dépose que le matin. J’aime bien marcher. Et toi ?

-          Moi, j’habite à deux minutes. Si t’as le temps, je te montre où c’est.

J’avais la gorge sèche et mon cœur frôlait les deux cents coups minute. Je craignis un refus. Son visage s’éclaira du même sourire que la veille.

-          D’accord.

 

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