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On m’a fait un cadeau, c’est chouette. Mais j’ai la sinistre impression que ce n’est pas tout à fait désintéressé, comme de la corruption, pas de fonctionnaire, il y a quelques temps déjà que je ne fonctionne plus, plutôt de propriétaire.

Je vous imagine déjà en train de vous dire : « Qu’est-ce qu’il va encore nous raconter ? »

Ma cousine me disait – Ah chère cousine, que ferais-je sans toi ? J’écrirais moins c’est certain – que les animaux dans notre monde « civilisé », comme son chat, ont gardé les mêmes repères que leurs sauvages cousins africains ou que certains dealers aussi : ils ont chacun leur territoire : une cour, un balcon, une cave ou un bout de jardin… C’est chez eux mais civilité oblige, et à l'exception des dealers, les autres gardent un droit de passage. De passage seulement. Etonnant non ?

Ainsi donc, ma cousine avait un chat et un jardin aussi. Le chat du voisin avait le droit de passage à condition toutefois, et ça c’est une règle immuable non dérogeable, de ne pas s’arrêter. Alors pour narguer, il passait avec une lenteur exagérée, un peu comme certains jeunes piétons devant les voitures, si vous voyez ce que je veux dire… Le chat de ma cousine, qui du côté cérébral devait être un clonage du chat de Gaston Lagaffe et de sa mouette rieuse, l’épiait sournoisement en surveillant la lente progression du visiteur. Et s’il avait l’audace de s’arrêter une fraction de seconde c’était la guerre ! Le visiteur se sachant en faute ne demandait pas son reste et filait dare-dare.

Nous n’avons plus d’animal domestique, notre petite chienne (épagneul-papillon) nous a quitté il y a longtemps. Elle était très étonnante, par ses regards et ses réactions elle m’aurait presque fait croire en la réincarnation. Après sa mort, par crainte d’être déçus et malgré l’insistance de ma fille, nous n’avons pas eu le courage d’en adopter une autre.

Je n’ai pas de chat non plus, excepté celui de ma voisine, ce gras du bide qui joue avec mes nerfs. Heureusement que je suis là pour le courser et lui faire faire un peu de sport. Peut-être pense-t-il la même chose de moi… Allez savoir ?

Qu’il se baladât dans le jardin, je m’en foutais, notre amicale relation s’est dégradée le jour où, pour marquer un territoire qui ne lui appartenait pas, il est venu pisser dans mon garage. J’ai beaucoup d’humour mais il ne faut abuser. Au cas où je n’aurais pas d’odorat et pour me faire savoir qu’il vient régulièrement squatter mon garage, en plus des touffes de poils, il me laisse aussi ses empreintes. Avec ses pattes, qu’il a pris soin de préalablement tremper dans la boue, il traverse régulièrement toute ma voiture dans le sens de la longueur en me salopant le pare-brise « la vermine ! » comme dirait Jojo.

Il est chiant, dégueulasse, gras du bide mais je crois qu’il a de l’humour et beaucoup de délicatesse. Pour me narguer et traverser le jardin, il va jusqu’à marcher lentement et en équilibre sur le muret de la clôture. Que puis-je dire ? Il ne s’arrête pas et ne traverse pas le jardin : il le longe… avec la lenteur d’un visiteur qui se sait être dans son bon droit.

Mais il y a deux nuits, il a enfreint la loi : il est entré chez-moi. C’était dans une bonne intension : me faire un cadeau. Cool mec, j’apprécie. Un magnifique cadeau qui a dû lui couter vu son appétit glouton. Il est venu déposer une souris morte sur mon paillasson. Je refuse de croire que cette souris soit venue faire une crise cardiaque juste devant ma porte. Non, c’est un cadeau, j’en suis certain. J’aurais préféré une côte de bœuf avec un os à moelle mais bon… Peu importe le cadeau, c’est l’intension qui compte. Même s’il s’agit d’un pot de vin, le geste ne me laisse pas indifférent tu as gagné ton droit de passage, concluons un accord : tu ne pisses plus dans mon garage et je ne te courserai plus dans le jardin.

Qu’a-t-il de si accueillant ce jardin ? J’y avais déjà un hérisson, une famille de renard, me voilà maintenant avec un matou incontinent !                      

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