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Le matin, une main me secoue doucement, c’est Mathieu :

   C’est l’heure. Tu viens.

J’ai du mal mais je me lève sans rien dire. Il y a longtemps que je n’avais pas si bien dormi. J’appelle ma mère. C’est bon, elle est bien rentrée. J’ai réfléchi, je ne veux pas qu’elle revienne me chercher, je rentrerai en train. Mathieu et Romain me regardent sans rien dire, je sais à quoi ils pensent ; à leur place, je ferais pareil. Il n’y a pas si longtemps, dans le centre commercial, rayon conserves, j’ai vu un mec d’une vingtaine d’années appeler sa maman, il hésitait entre deux boîtes ! Incapable de prendre seul une décision… Ça m’a fait sourire, à l’époque. Ils doivent penser la même chose de moi : « Pauvre petit chéri, incapable de vivre sans sa maman ! » Ils ne peuvent pas savoir. Je m’en fous. Je ne m’en fous pas, mais je fais comme si. 

 

Le directeur nous annonce que, dès le début de semaine prochaine, nous commencerons les excursions par petits groupes avec bivouac dans la montagne. Mathieu, Romain et moi, nous partirons pour un parcours de trois jours sans téléphone, ou sans réseau plutôt, avec tente et provisions, galère ! Je fais la tronche mais ça ne se voit pas plus que d’habitude. Romain a l’air résigné, Mathieu inquiet ou désolé de partir avec nous, je ne sais pas. Difficile à dire, il ne m’a plus demandé si ça allait. Il avait l’air bien dans sa tête, je crois qu’il s’est un peu refermé sur lui-même. Il semblait plus ouvert le premier jour. Désolé, Mathieu, je n’y suis pour rien, il faudra t’y faire. D’habitude, on répartit les plus grands dans différents groupes pour aider à l’encadrement. Pourquoi nous laisser seuls tous les trois et sans guide ?

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