Livre - bis-copie-1 


Du bout des larmes… Chapitre 4 (7)

 

Cette nuit-là, je ne trouvai pas le sommeil. Je ne reverrais plus Julien. Il était parti, tout raide, tout froid, le corps et l’esprit meurtris, dans cette terrible caisse de bois que des hommes avaient descendue, tout au fond de la terre. Pour la première fois, j’avais vu ses parents. Ce n’était peut-être pas la première mais c’était la première fois que je les remarquais, ainsi que son frère qui n’arrêtait pas de pleurer. J’avais mal pour eux. Je revoyais tout ce qui s’était passé et me posais plein de questions. Pourquoi tant de gens étaient venus à l’enterrement ? C’était avant qu’il aurait fallu se bouger. Quand on sort le cercueil, c’est trop tard. Où étions-nous, tous, lorsqu’il avait besoin d’aide ? Où étions-nous quand il criait au secours ? Il y avait forcément eu des signes, des alertes. Personne ne les avait entendus, ni pris au sérieux. Peut-être avions-nous compris tout le contraire. Et maintenant, nous allions rester là éternellement, avec nos questions, au bord de ce trou béant dans la terre. Lætitia avait raison. C’était la première fois que j’enterrais un camarade. C’était aussi la première fois qu’on me faisait presque des clins d’œil dans une église. Ce n’en était pas bien sûr mais il fut le seul à se retourner tant de fois pour me regarder.

Pensait-il aux mêmes choses que moi : « la mort avait frappé si près, ç’aurait pu être toi. » Je me refusais seulement d’y penser. Ou bien s’inquiétait-il de ces deux filles à mes côtés. Nous n’avions jamais été si près l’un de l’autre, mon épaule avait touché la sienne. Nous avions échangé quelques mots et pleuré ensemble. Qu’est ce que j’aimais sa voix ! Y avait-il quelque chose que je n’aimais pas chez lui ? En même temps, je me sentais minable. Mais rien n’était calculé, je m’étais retrouvé là par hasard, tenant ma copine d’une main et draguant mon ami du bout des lèvres, du bout des yeux, du bout des larmes, car pas de doute, nous avions partagé cet instant de tristesse. À ma question : « As-tu des amis ? » Il n’avait répondu que par un très long soupire. Pourquoi ? Que voulait-il dire ?

Je me repassais en boucle toutes ces questions, toutes ces images, sans trouver ni sommeil, ni réponse. Il avait certainement vu la main de Stéphanie dans la mienne. Qu’allait-il en conclure ? Je m’énervais tout seul. Mon aventure avec Stéphanie ne rimait plus à rien. Je voulais me persuader que je n’étais pas homo, que je pouvais sortir avec une fille et l’aimer ! Inutile d’aller plus loin, le doute était levé. Je ne pouvais plus continuer avec elle alors que j’avais déjà dépassé les bornes du raisonnable avec ce jeune homme. J’avais accepté toute cette pantomime pour faire le point et trouver des réponses à mes questions. Les réponses, je les avais. J’étais bel et bien amoureux d’un garçon, qui occupait toutes mes pensées. Mon avenir était avec lui et non avec Stéphanie. Je mourrais d’envie de l’embrasser, de lui dire que je l’aimais, mais comment faire ? Ce n’était pas encore à l’ordre du jour. Après la mort de Julien, je crus un instant que cet événement allait changer ma vie. Je me trompais car si nous avions, cet inconnu et moi, échangé quelques mots au cimetière, nous fûmes incapables de reprendre cette conversation. Je ne comprendrai jamais pourquoi. Peut-être regrettions-nous tous les deux d’avoir eu cette indécence ? Quand d’autres souffraient, nous pensions à l’avenir. Notre amour, notre bonheur, ne pouvaient s’ériger sur un tombeau. Je ne pouvais supporter son regard, ni lui, le mien. La tristesse m’envahissait. Je déprimais.

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