Ce n'est pas pour ça qu'on est homo.Livre - bis-copie-1

 - Chapitre 3 - (2)

 

C’est durant cette période que j’ai commencé la rédaction d’un journal. J’ai toujours aimé écrire et c’est tellement plus facile avec un ordinateur. J’y mettais, de temps en temps, les événements de la journée, les choses insolites qui m’arrivaient, ainsi :

 

« 10 janvier 2003 — Mis à part le fait que lundi était la reprise des cours, ce fut aussi une journée inhabituelle, extraordinaire et insolite. J’ai vu un ange ! Non, je ne suis pas fou ! Il est arrivé au lycée un être étrange que je ne connaissais pas, avec un visage aux traits si fins qu’ils semblaient sculptés dans le marbre. Un marbre blanc, indescriptible, presque translucide. Avec de longs cheveux noirs bouclés. Il marchait comme on danse. Non, il ne dansait pas, il volait ! Il semblait descendre du ciel et glisser sur le bitume comme un patineur sur la glace. Il était si beau que je ne le quittais plus des yeux et c’est alors que nos regards se sont croisés. Mais c’était sûrement parce que j’étais figé, les yeux grands ouverts, qu’il m’a remarqué. »

 

« 13 janvier – Tous les jours, je revois ce mystérieux inconnu au lycée. Je n’ose plus l’observer car nos regards ne cessent de se croiser. Que va-t-il penser de moi ? Et pourtant, je ne peux pas m’en empêcher. Je n’ai jamais vu de garçon aussi beau ni aussi gracieux. Hélas, il n’est pas dans ma classe ! Il vient d’arriver. Il est seul, triste et solitaire. J’aimerais bien être son ami, mais je ne sais comment faire. Je suis comme le petit prince avec le renard, je ne sais comment l’apprivoiser… pourtant il est déjà, pour moi, unique au monde. Ça me fait peur. »

 

Interruption du journal.

 

« 24 janvier 2003 – Plus de quinze jours que j’ai abandonné ce journal. Je n’ose plus écrire tout ce que je vis, tout ce que je ressens… Je ne sais plus où j’en suis. Mes sentiments m’effrayent ! Je suis obnubilé par ce garçon. Je ne le connais pas, je ne sais rien de lui mais je crois que je l’aime. Comment est-ce possible ? Heureusement il n’est pas dans ma classe ! Pourquoi est-il si beau et si mystérieux ? Que faire pour que tout cela cesse… Mais en ai-je vraiment envie ? Je vis un rêve, je plane, je vole… avec les anges. »

 

Que de questions posées… Chaque fois que je le cherchais, pendant les pauses, nos regards se croisaient. Comme s’il me cherchait aussi. Comment le savoir ? Et comment l’aborder de façon naturelle ? Je ne pouvais pas lui faire le coup de la situation en Afghanistan. Un garçon qui se prend une veste en draguant une fille, ce n’est pas grave. On se moque de lui pendant quelques jours — si la fille est bavarde — puis c’est oublié. Mais avec un garçon, on ne s’en remet pas. Je ne me sentais pas capable d’affronter une telle situation. Seulement, plus le temps passait et plus je pensais à ce bel inconnu. Impossible de me concentrer sur autre chose. J’avais déjà aimé des garçons mais jamais avec la même intensité. À chaque fois, ce ne furent que de courtes amourettes des plus platoniques et qui ne durèrent pas. Inutile de s’inquiéter. Il suffisait d’attendre. Celle-là passerait comme les autres.

Aimer un garçon, ça ne veut rien dire. Ce n’est pas pour ça qu’on est homo. D’ailleurs, je ne l’aimais pas. Je le trouvais beau, c’est tout ! Mais plus j’essayais de rester indifférent, plus j’étais attiré par ce garçon ! Chaque fois que j’étais près de lui, je remarquais un détail nouveau. C’est lorsque je découvris la couleur de ses yeux que je compris ce qui me fascinait chez lui : il était différent, il venait d’ailleurs ! Ils étaient verts, d’un vert changeant, jamais le même, en fonction sans doute de la luminosité. Ses longs cils noirs, recourbés. Si noirs, qu’ils donnaient l’impression d’être maquillés. Son visage blanc, imberbe et cette fine bouche qui ne riait jamais… Je connaissais tout de lui : ses vêtements, sa montre, ce large bracelet en cuir noir avec des clous en acier qu’il portait au poignet droit, cette bague au majeur de la main gauche, ce collier noir autour du cou avec cet anneau en métal, tout plat, sur lequel était gravé quelque chose que je n’arrivais pas à lire… Tout ce qui était visible car en fait, je ne savais rien de lui, même pas son prénom. Pourtant, sans rien faire, il avait envahi ma vie. Son image me fascinait. Je ne voyais plus que lui.

Je me posais toutes sortes de questions. Mais les réponses qui s’imposaient, m’effrayaient encore plus que les questions. J’étais mal. Je n’étais pas insensible aux charmes des filles, un petit cul et une paire de seins ne me laissaient pas indifférent. Mais je bandais autant en voyant un beau mec aux traits fins avec le même petit cul ! Combien de fois ai-je imaginé ton corps sous tes vêtements ?

 

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