Livre - bis-copie-1
Je me suis rejeté moi-même. - Chapitre 3 – (4)

 

J’aimais un garçon. Même si je refusais d’y croire. J’étais prêt à le nier avec une énergie farouche. Seulement voilà, faire taire ses sentiments n’est pas qu’une question de volonté. J’ai voulu me protéger de cet amour impossible en me persuadant qu’il n’existait pas. Moi, qui avais peur du rejet des autres, je me suis rejeté moi-même. Mais je n’avais pas tout prévu. On peut mentir aux autres, pas à soi-même. Ces mensonges-là nous rongent de l’intérieur. Je connaissais mes sentiments. Je savais ce que j’avais dans le cœur.

Comme une vague se retire pour mieux revenir, mes sentiments refirent surface avec une force inouïe, décuplée et incontrôlable. J’étais comme le capitaine d’un navire perdu en pleine tempête, sans savoir quoi faire. Parfois persuadé qu’il valait mieux faire demi-tour, parfois convaincu de mon insubmersibilité et qu’il fallait au contraire aller de l’avant. Mais peu importe puisque la barre ne répondait plus et que j’allais au hasard, porté par les vents, par cette force invisible qui s’appelle l’amour et qui n’obéit à aucune règle, à aucune loi ni à aucune logique.

Les vacances de Pâques arrivèrent. Quinze jours sans le voir ! J’arpentais les rues de la ville en vain : il n’y était pas. À sa grande surprise, j’accompagnais même ma mère pour faire les courses. Il n’y était pas non plus. Nous n’étions plus au même endroit en même temps. Ce qui me perturbait le plus, c’est qu’après quinze jours sans le voir, je ne me souvenais presque plus de son visage, comme si mon cerveau en faisait rejet. D’où venait ce blocage en moi qui m’empêchait de l’aimer librement ? Je n’avais pas de photos de lui. Je ressentais le besoin d’en parler, de me confier. Besoin de recevoir des conseils ou un avis extérieur. Besoin de savoir si j’étais normal. Si c’était courant, logique et légitime à mon âge de tomber amoureux d’un garçon. Savoir si d’autres que moi vivaient le même délire. Quand on est môme et que ça arrive, on se pose moins de questions. Mais à seize ans, à qui se confier ? À qui le demander ? À ma mère ? Non, impossible. Il n’est jamais facile de parler de ce genre de choses. Je déprimais et ma mère le voyait bien.

-     Depuis que Lætitia est partie, tu n’es plus le même. Si elle te manque, tu devrais aller la voir !

Bien sûr que Lætitia me manquait mais sans plus. Qu’aurais-je fait si elle était encore là ? Déjà, elle aurait tout deviné.

-     Oui, t’as raison. C’est ce que je vais faire.

Me confier à Lætitia ? Ce ne serait pas facile de lui poser ce genre de question. Mais c’était la seule qui pouvait me comprendre. Aussi, avant de devenir fou, je décidai d’aller la voir à Paris. Aussitôt décidé, aussitôt fait, je partis sans prévenir. Elle fut surprise de ma visite mais enchantée de me voir. Nous discutâmes un moment ensemble. Elle qui comprenait toujours tout vit bien que quelque chose n’allait pas. Mais j’étais incapable de parler, incapable de lui ouvrir mon cœur.

-     Ça ne va pas ?

-     Non.

-     Qu’est-ce qui ne va pas ?

-     Plein de choses.

-     Quelles choses ?

-     Je n’arrive pas à le dire.

-     Tu n’y arrives pas, tu ne veux pas ou tu ne sais pas ?

-     Je n’y arrive pas.

-     C’est si grave ?

-     C’est compliqué ! Je ne sais plus qui je suis.

-     Je te manque ?

-     Oui, bien sûr que tu me manques mais ce n’est pas pour ça.

-     Dommage !

Soudain, j’entendis retentir la sonnette et la porte d’entrée s’ouvrir. C’était Stéphanie une amie de Lætitia, celle-ci se précipita pour lui barrer le chemin.

-     Je ne suis pas seule !

-     Ah bon, qui c’est ?

-     Bryan.

-     Le fameux Bryan ? dit-elle en s’avançant pour me voir.

-     Bonjour ! Je ne sais pas si je suis si fameux…

Elle tenta de s’expliquer.

-     Je disais fameux parce que j’ai tellement entendu parler de toi !

-     En bien ou en mal ?

-     Que du bien !

Contrainte, Lætitia fit les présentations…

-     Bryan… Stéphanie… une amie.

-     Une amie ? Ton amie !

Nous discutâmes un moment mais, complètement absent, je décidai de m’en aller.

-     Ce n’est pas moi qui te fais fuir j’espère ? demanda Stéphanie.

-     Non, j’allais partir.

Lætitia me regarda songeuse. Elle avait compris que j’étais venu pour me confier, mais que j’en étais incapable.

-       Tu m’appelles ?

-       Ok.

Elle me raccompagna, quand elle revint dans le salon, Stéphanie était perdue dans ses pensées.

-     Qu’est-ce qu’il a ? demanda-t-elle.

-     Je ne sais pas, mais ça ne va pas du tout.

-     Qu’est-ce qu’il est beau !

-     Je sais !

-     Ah non, on ne se dispute pas à cause d’un mec !

Lætitia regardait Stéphanie, elle réfléchit un moment, puis…

-     Tente ta chance, moi je n’en ai aucune avec lui. Mais j’ai l’impression qu’en ce moment, il est préoccupé par autre chose.

-     C’est vrai, je peux ? Tu ne m’en voudras pas ?

-     Non. Si t’y arrives… Je te tue, c’est tout.

-     Tu l’aimes encore ?

-     Plus comme avant mais je l’aime beaucoup. Il a plein de qualités. Il est très attachant. Je m’entends trop bien avec lui mais en ce moment, ça n’a pas l’air d’aller.

-     Il est amoureux, tu crois ?

-     Je ne sais pas, mais il a l’air très mal dans sa peau, ce n’est pas son habitude.

-     C’est moi qui l’ai fait fuir ?

-     Je le connais bien, je ne l’ai jamais vu aussi mal. Il était venu pour se confier… c’est raté.

-     Désolée !

-     Je le rappellerai.

 

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