Livre - bis-copie-1
J'avais déjà l'impression de le trahir... - Chapitre 3 – (5)

 

Le lendemain, mon portable sonna, mais ce n’était pas Lætitia.

-     Bonjour, c’est Stéphanie l’amie de Lætitia. Tu te souviens de moi ?

-     Oui.

-     Lætitia m’a donné ton téléphone. Je voulais m’excuser pour hier, je vous ai coupé dans votre discussion et t’ai un peu fait fuir, toi qui venais de si loin…

-     Pas de problème.

-     Mais je voulais te dire autre chose… Voilà… J’aurai bien aimé te revoir.

Silence ! Je ne savais pas quoi répondre. Je me demandais si j’avais bien compris. C’était une invitation pour le moins inattendue. Moi qui en cherchais une, j’étais en train de me faire draguer par une fille ! Je tentais de faire plusieurs choses à la fois : de me concentrer, de réfléchir à la situation et de répondre quelque chose d’intelligent… Mais je n’y arrivais pas, je restais muet.

-     Allô !

-     Oui, oui, je suis là mais je ne sais pas quoi répondre, tu me prends un peu au dépourvu.

-     Je comprends, je vais te laisser réfléchir.

Elle me laissa… et réfléchir et son numéro de téléphone. Je tentais en vain d’analyser la situation. Bien sûr que je voulais sortir avec une fille mais de là à choisir la meilleure amie de celle qui m’avait tellement aimé… Je faisais un blocage. Stéphanie était belle. C’était tentant. En plus, elle était consentante, c’est même elle qui faisait le premier pas ! Mais j’étais incapable de prendre une décision. Comment expliquer ça à Lætitia ? Je n’eus pas à le faire. Le soir même, c’est elle qui m’appela. Je n’avais jamais été autant demandé. J’avouai à Lætitia que Stéphanie m’avait téléphoné.

-     Je sais.

-     Comment ça, tu sais ?

-     C’est moi qui lui ai donné ton numéro.

-     Tu sais pourquoi elle m’appelait ?

-     Je me doute… Fais comme tu veux, il y a longtemps que je me suis fait une raison.

 

J’étais sidéré. Je ne savais plus quoi dire. J’avais en plus l’autorisation ! J’ai toujours du mal à comprendre ce qu’il se passe parfois dans la tête des autres, autant que dans la mienne d’ailleurs. Je lui promis de revenir la voir le mercredi suivant, ce qui me donnait une petite semaine de réflexion. Je rappelais Stéphanie pour lui annoncer la nouvelle.

Comment expliquer tout ça ? Je prenais rendez-vous avec une fille quand un mec occupait toutes mes pensées. Je ne me sentais pas très fier de moi mais décidé toutefois à vivre à fond cette aventure. Enfin, à fond… C’était un bien grand mot car je ne pourrais sûrement pas aller jusqu’au bout de cette liaison, si liaison il y avait.

Moi qui espérais trouver une fille plutôt timide, qui ne me proposerait jamais de coucher… Je n’avais peut-être pas fait le meilleur choix. Mais pour l’instant, j’étais plus choisi que je ne choisissais. Il suffisait de se laisser porter par les événements et voir venir.

Le lendemain au lycée, je me sentais mal à l’aise face au garçon inconnu. Je n’osais même plus le regarder. J’avais déjà l’impression de le trahir alors que nous ne nous connaissions pas. Ça ne tournait vraiment pas rond dans ma tête.

Je jouais double jeu, en voyant Stéphanie le mercredi et cet inconnu le reste de la semaine.

Lorsqu’au lycée nous étions proches l’un de l’autre, je m’amusais à fixer quelqu’un près de lui et invariablement, je sentais son regard sur moi. Mais quand je le regardais, les beaux yeux verts changeaient aussitôt de direction pour regarder quelqu’un d’autre. J’avais alors le temps de le dévisager pendant quelques secondes, de m’imprégner de son image pour ne plus l’oublier. Et lui faisait parfois la même chose. Du moins je le croyais. Je le voyais presque tous les jours mais n’avais jamais entendu le son de sa voix. Jusqu’au jour où il me télescopa en disant :

-     Excuse-moi !

-     Non, c’est moi.

Je ne l’avais pas vu arriver et il s’enfuit aussi vite qu’il était venu. Sa voix était belle, elle était grave. Chaque nouveau détail de son être me fascinait. Pourquoi était-il parti si vite ? Pourquoi n’avais-je rien fait pour le retenir ? Tout semblait si facile après coup mais face à lui, je ne marchais pas droit.

 

Le mercredi suivant j’étais chez Lætitia, elle me regardait bizarrement, je sentais qu’elle se posait plein de questions et qu’elle n’allait sûrement pas tarder à me les poser.

-     Ça va ?

-     Oui.

-     Mieux que la semaine dernière ?

-     Un peu.

-     Stéphanie y est pour quelque chose ?

-     Non.

-     Oui, non, je t’ai connu plus bavard !

-     Je suis désolé.

-     Stéphanie va venir tout à l’heure.

-     Oui, je sais, elle me l’a dit.

-     Tu vas sortir avec elle ?

-     Je ne sais pas, je ne la connais pas et puis ça me gène.

-     Il ne faut pas.

-     Votre amitié risque d’en souffrir.

-     Non, pas de souci, je l’ai déjà prévenue : si elle arrive où j’ai échoué, je l’étrangle, c’est tout !

J’eus un petit rire forcé.

-     Comme tu as l’air triste ! Pourquoi tu disais l’autre jour que tu ne sais plus qui tu es ?

-     Je suis toujours étonné par tout ce qui me passe par la tête.

-     Tu te poses trop de questions.

-     Non, je ne crois pas.

Il y eut un silence… elle réfléchissait.

-     Tu préfères les brunes ?

-     Je ne sais plus ce que je préfère.

-     T’as l’air de douter de tout !

-     Oui, complètement !

 

Nous étions les yeux dans les yeux, Lætitia tentait de comprendre ce que je ne lui disais pas, ce que j’étais incapable de lui dire.

Stéphanie attendait un coup de téléphone pour nous rejoindre. Lætitia attendait que je lui parle de ce qui me chagrinait et moi, j’attendais le lendemain pour revoir celui que j’aimais. Situation des plus claires ! Après les banalités d’usage échangées en présence de Lætitia, Stéphanie me suivit au café le plus proche. Je ne fis pas de grandes déclarations. Je lui expliquais, sans entrer dans les détails, que je traversais une période de doute et d’incertitude. Bien que je la trouvais belle, je ne l’aimais pas mais que j’étais d’accord pour nous fréquenter afin de mieux se connaître. Je la trouvais plus hésitante et réservée que la semaine d’avant. Elle accepta. Il n’y eut pas de démonstrations affectives ni ce jour-là, ni les rendez-vous suivants. Je l’embrassais comme on embrasse une bonne amie. Je n’étais pas pressé. Elle fit comme si elle ne l’était pas non plus.

 

Retour à l'accueil