Livre - bis-copie-1 

Pourquoi lui ? - Chapitre 4 

 

Plus le temps passait, moins je savais où j’en étais. Une seule certitude : j’étais de plus en plus amoureux. Non pas de Stéphanie mais du bel inconnu que je voyais chaque jour. Encore une période difficile de ma vie où tout semblait contre moi, mes sentiments, mes pulsions… Même mes rêves ! Je me réveillais souvent vers quatre heures du matin, en nage et toujours ce même cauchemar. Je te cherchais désespérément partout. Quand enfin je te trouvais, tu te retournais… Et là, horreur ! Ce n’était pas toi !

 

Tous les mercredis, je retrouvais Stéphanie chez Lætitia. Nous discutions beaucoup, puis je descendais avec elle. Parfois nous partions visiter Paris. Toutefois notre liaison était au point mort. J’avais cru qu’elle serait plus entreprenante. Je m’étais trompé. Elle attendait et laissait venir. Elle était drôle et belle. Je n’étais pas indifférent. J’aimais bien l’embrasser et sentir son parfum. Mais ces instants étaient toujours un déchirement car c’est un autre que je mourrais d’envie d’embrasser. J’ai un curieux défaut. Celui de souvent penser à ceux qui ne sont pas là, à l’instant. Ainsi lorsque j’embrassais Stéphanie, toutes mes pensées étaient pour celui que j’aimais, mais inversement, lorsque j’étais près de lui au lycée, je pensais souvent à Stéphanie et à tout ce qu’elle m’avait dit durant la semaine ! Ce décalage dans le temps est forcément désagréable pour celui qui a le désavantage d’être présent et de me sentir absent. Stéphanie me téléphonait souvent, plus souvent que je ne l’appelais. C’était parfois pour reprendre nos conversations du mercredi. Ces coups de fil m’inquiétaient. Elle pensait trop à moi et était attentive à chacune de mes paroles. Je craignais qu’elle ne s’attachât durablement. Lætitia jouait l’indifférence, mais l’était-elle vraiment ? Bref, je marchais sur des œufs.

J’étais toujours perdu dans mes pensées. Ma mère s’inquiétait de mon comportement. Elle passait son temps à me dire :

-       À quoi tu penses ?

-       À rien.

Alors que je ne pensais qu’à lui. J’imaginais notre première rencontre, les discussions que nous pourrions avoir. En attendant, je n’osais même pas lui dire bonjour.

Ma mère, qui n’était pas dupe, me devinait amoureux. Aussi, avant qu’elle ne me pose trop de questions, je décidai de lui dire la vérité — pas la vraie, bien sûr — celle qu’elle avait envie d’entendre. Règle d’or : ne jamais dire la stricte vérité aux parents… Quand c’est trop évident, ils ne nous croient pas. Mais en cela, je n’étais pas si différent puisque ma propre vérité m’effrayait au point d’aller me rassurer dans les bras d’une fille. Restait juste à deviner ce qu’elle avait envie d’entendre, trouver le bon mélange : un doigt de vérité avec deux doigts d’imagination. Je me mis en condition en imaginant un scénario. Puis, un samedi matin, lorsque je me sentis prêt, je passai à l’attaque.

-     Maman ! J’ai un truc à te dire.

-     Pas maintenant, je pars faire des courses. Je ne suis pas en avance. On voit ça plus tard, je n’en ai pas pour longtemps.

Elle sortit et je restai là, dégoûté. Il n’est jamais facile de parler de ces choses-là. Elle qui voulait toujours tout savoir, n’avait pas compris qu’il s’agissait d’un moment important, qu’il fallait tout laisser, prendre le temps de m’écouter, retarder ces maudites courses. Toujours ce décalage ! Je restais planté là, avec mes angoisses et mes questions. Fallait-il vraiment le lui dire ? Était-ce un signe ? Mais le pire fut qu’à son retour, elle n’y pensait même plus. Elle prépara le repas et vaqua à ses occupations habituelles. Ce ne fut que le soir, devant la table et mon mutisme, qu’elle se souvint...

 

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