Livre - bis-copie-1

Tu voulais me parler? - Chapitre 4 (2)

 

Mais le pire fut qu’à son retour, elle n’y pensait même plus. Elle prépara le repas et vaqua à ses occupations habituelles. Ce ne fut que le soir, devant la table et mon mutisme, qu’elle se souvint :

-     Tu voulais me parler ce matin ?

Je n’en avais plus très envie.

-     Ouais.

-     Vas-y, je t’écoute.

-     C’était ce matin…

-     Ce que tu voulais me dire ce matin, tu ne peux pas me le dire ce soir ?

-     Si… Pourquoi sommes-nous toujours trop exigeants ou trop conformistes ?

-     Qu’est-ce que tu veux dire ?

-     Moi, j’aurais voulu que tu m’écoutes ce matin lorsque j’étais décidé à te parler. Mais toi, quand c’est l’heure des courses, ce n’est pas l’heure d’écouter ton fils !

-     Je ne sais pas si c’est du conformisme, mais il y a la vie… Elle nous bouffe et nous engloutit, c’est certain. Je t’écoute, c’était à quel sujet ?

J’étais coincé. Je sentis qu’elle ne lâcherait plus l’affaire, alors je me jetai à l’eau.

-     J’ai rencontré une fille…

-     Je m’en doutais !

C’était gagné ! Il suffisait de lui laisser croire en sa perspicacité, croire qu’elle avait vu juste et elle goberait tout. Trop facile !

-       Qui est-ce ?

-     Tu ne la connais pas.

-     Comment s’appelle-t-elle ?

-     Stéphanie, je l’ai rencontrée chez Lætitia.

-     La pauvre ! C’est elle qui te l’a fait connaître ?

-     Oui.

-     T’en fais une tête ! C’est une bonne nouvelle !

-     Ce qui m’a refroidi, c’est qu’au moment où je me décide à t’en parler, toi tu te barres en me disant : « Je n’ai pas le temps, je n’ai pas le temps ! » On est toujours décalés, on n’a jamais le temps de rien. Tu dis toujours que je ne te parle pas mais quand je suis prêt, tu ne comprends pas que c’est un moment important, qu’il faut tout lâcher pour m’écouter, et tu t’en vas.

-     On va se rattraper, parle-moi d’elle.

-     Elle a dix-huit ans, elle vit à Paris avec ses parents, pas loin de chez Lætitia. Elle est gentille, je m’entends bien avec elle.

-     C’est du sérieux ?

-     Non, c’est juste une copine.

Je savais qu’en disant cela, elle comprendrait le contraire. Elle ne m’écoutait déjà plus. Je lui montrai une photo, elle fut ravie et moi aussi. Mais j’oubliais le principal : je n’avais que faire de Stéphanie, c’était un mec que j’aimais ! Incapable de lui dire… Et si je l’avais fait… Non, je ne pouvais même pas imaginer la suite ! Pourquoi les mensonges sont-ils plus souvent admissibles que la réalité ? Car si j’avais dit à ma mère, que je crevais d’amour pour un garçon, elle aurait eu du mal à l’accepter, elle n’aurait pas compris. Alors que le plus grotesque des mensonges passait tout seul. Elle en rajoutait même, au-delà de mes espérances, pour qu’il en devienne plus crédible.

 

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