La tête dans les étoiles.

Livre - bis  

Kévin, qui me posait dix mille questions chaque jour, n’était pas toujours disposé à répondre aux miennes. C’était un jeu. Il me laissait souvent languir et croire qu’il ne me répondrait pas ou qu’il ne ferait pas ce que je lui demandais. Ainsi, en ce lendemain de brocante où je rêvais de voir les photos qu’il avait prises la veille…

-          Je peux voir tes photos ?

-          Quelles photos ?

-          Celles que tu as prises hier.

-          Tu sais, ce ne sont que des photos ordinaires…

-          Oui, mais j’aimerais bien les voir !

-          Pourquoi ?

-          Par curiosité et pour aussi les garder en souvenir. Je n’avais pas mon appareil.

-          En souvenir de quoi ? De la brocante ?

-          En souvenir d’une journée mémorable.

-          Pourquoi mémorable ?

-          Pourquoi ? Pourquoi ? Je ne sais pas. Tu fais exprès ? Il te faut toujours des raisons pour tout ?

-          On ne fait jamais rien sans raison.

-          Parce que j’ai passé une journée formidable, pas toi ? Et que je n’ai pas envie de l’oublier. Seulement je n’avais pas mon appareil. Alors comme toi, t’as mitraillé tout le monde…

-          J’ai mitraillé tout le monde ?

-          Oui, t’as mitraillé tout le monde. Combien t’en as pris en tout ?

-          Je ne sais pas. Je n’ai pas compté.

Il continua de discuter mais n’allumait toujours pas son ordinateur.

-          Si j’avais pu, j’aurais tout filmé, dis-je. Ça ne t’arrive jamais d’avoir envie de filmer tout ce que tu vis, tout ce que tu vois ? Avoir une caméra à la place des yeux et te repasser le soir tout ce que t’as vécu dans la journée ?

-          Parfois oui, parfois non. Quand c’est une mauvaise journée, je préfère oublier.

-          Oui mais hier, c’était une bonne journée !

-          Oui.

-          Alors tu me les montres ?

Résigné, il finit par mettre son ordi en marche et là je compris pourquoi il se faisait tant prier. Ce qu’il venait de dire était fondé, on ne fait jamais rien sans raison. En allumant son ordinateur, il tenta d’attirer mon attention sur sa peinture. Il ouvrit très vite son fichier photos mais j’eus le temps de voir celle qu’il avait mise en fond d’écran. Celle que Martine avait prise la veille, où nous étions tous les deux bras dessus, bras dessous. Je fis celui qui n’avait rien vu mais j’étais bouleversé. Ses photos étaient très réussies. J’avais raison : il m’avait mitraillé… Je le félicitai, sortis ma clef USB et lui pompai toute la collection. Enfin j’avais des photos de lui ! Je n’aurais plus à me torturer l’esprit quand je ne me souviendrais plus de son visage.

Ce soir-là fut le premier d’une longue série où je rentrais chez moi heureux, la tête dans les étoiles. Je l’avais enfin en photo et la mienne était chez lui sur son écran d’ordinateur ! Ça ne pouvait pas être par hasard ! J’étais troublé et déconcerté.

 

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