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Avec l’accord de Guillaume je vais afficher l’article qu’il a écrit la semaine dernière : « Quel est ton plus grand regret ? » Certaines idées ne laissent pas indifférent et il m’arrive parfois de faire des bonds sur chaque phrase. Alors puisque Guillaume me l’autorise : rebondissons… rebondissons.

 

« Il y a des moments dans la vie où l'on a envie de faire une pause. De souffler. Et à ce moment là, toutes les questions en nous ressortent. Tout se mélange et s'embrouille. On tente de tout reclasser et pourtant c'est difficile et quand on classe certaines questions d'autres apparaissent.

 

Mais cette fois-ci, une, reste en suspend au-dessus des autres. Même en y répondant, elle reste là, car elle en soulève d'autres. L'autre soir quelqu'un m'a demandé, « quel est ton plus grand regret ? » J'ai réfléchit un petit moment. On a en chacun de nous plusieurs regrets, on a beaucoup de choses que l'on aurait aimé vivre autrement. On a eu des occasions manquées, du mal que l'on a fait, des moments que l'on aurait préféré oublier, mais qui sont là ancrés. Même si l'on essaie de vivre en tournant la page, même si on tente d'oublier son passé, on vit avec, et il forge notre caractère et nous donne une plus grande expérience de la vie.

 

« Quel est ton plus grand regret ? » J'ai repassé en peu de temps toute ma vie dans ma tête, et sur la balance les mauvais moments pèsent plus que les bons moments. Il y a eu des fois où j'ai eu envie de partir, loin, et de ne pas revenir, de m'envoler vers le ciel. Ou de tout recommencer à zéro, en oubliant tout et tout le monde. Mais c'est difficile, et la bravoure n'est pas forcément suffisante. Au final, mon plus grand regret, est triste, mais il est là et je ne pourrais pas changer d'avis. Du moins de suite. Je n'ai pas demandé à naître, et si je ne l'étais pas, cela aurait été bien plus simple. Pour moi, comme pour d'autres. »

 

« Je n'ai pas demandé à naître ! »

 

Cette petite phrase m’a interpelé. Tu as raison Guillaume, beaucoup le pense, certains mômes parfois la lance à la tête de leurs parents dans les moments difficiles. Mais il faut être prudent, ne pas la sortir n’importe quand. Tel ce jeune homme, qu’on va appeler Frédéric, qui la jetait à la tête de sa mère. La maman a baissé les yeux puis elle a vu son petit fils qui jouait tranquillement dans son parc.

      Et lui, il a demandé ? a répondu la maman en désignant le gamin.

Visiblement son fils n’avait jamais vu la question sous cet angle et il s’est dit comme d’hab. : « Je ne peux pas discuter avec ma mère, elle a toujours raison ! »

Parfois, d’autres formulent cette idée autrement, telle cette jeune fille écrivant à sa meilleure amie à l’occasion de son anniversaire :

« Merci d’être née. »

Les boules ! On ne m’a jamais écrit des trucs comme ça à moi ! Dégouté de la vie ! Je vais l’ajouter dans la liste de mes futurs regrets.

 

   « Je sais que je suis une naissance non désirée, on ne me l'a jamais caché. Du coup ça n'aide pas non plus dans le contre-argumentaire. Mais ça m'a forgé ma personnalité. Depuis que je suis majeur j'essaie de prendre mon indépendance. De m'éloigner un peu de ce qui me rappelle de mauvaises choses. On peut dire que j'essaie de mieux vivre depuis, même avec les galères de chaque jeune qui prend son envol. Ce n'est pas tous les jours facile. Mais je m'y accroche, à ce peu de liberté que j'ai réussi à avoir. »

 

« Je sais que je suis une naissance non désirée, on ne me l'a jamais caché. »

 

Si les enfants ont parfois l’ingratitude de reprocher à leurs parents de leur avoir donné la vie, il faut reconnaître qu’il est tout aussi indélicat pour les parents d’insister sur le côté non désirée de leur venue au monde. C’était le cas pour Frédéric lorsque son fils Léo est né : pas prévu… pas très désiré. Le temps a passé, Léo a grandit, considérablement grandit… Je crois qu’aujourd’hui, non j’en suis certain, Frédéric aurait beaucoup de mal à imaginer sa vie sans Léo. Alors désiré ou pas, ne faut-il pas s’en foutre un peu. L’important c’est la relation qui se crée ensuite. Comme cette peluche qu’on nous a offerte lorsque nous étions petits, nous n’avions rien demandé, nous n’en voulions pas, pourtant dès que nous l’avons prise dans nos bras une certaine magie ou alchimie nous a rendus inséparables. L’exemple est un peu nul mais je n’ai pas trouvé mieux.

 

« Malheureusement, l'éducation que j'ai eu fait que je me restreints moi-même, je m'étouffe tout seul, et je m'interdis beaucoup. J'ai l'impression d'agir, de penser, comme quelqu'un qui a bien plus du double de mon âge. A l'heure actuelle j'ai 21 ans bien tassés, mais dans ma tête j'ai l'impression d'en avoir 42 et d'avoir déjà bien vécu. Pourtant, j'essaie de faire des trucs de « jeunes » que je voudrais vivre, mais je n'y arrive pas, je n'y prends au final pas de plaisir, même si j'envie énormément les personnes de mon âge. »

 

« Malheureusement, l'éducation que j'ai eu fait que je me restreints moi-même, je m'étouffe tout seul, et je m'interdis beaucoup. »    

 

C’est intéressant tout ce que tu écris Guillaume. Une maman m’expliquait que son fils lui reprochait l’éducation qu’elle lui avait donnée, entre autre pour être précis sur l’honnêteté, la fidélité, etc. Il lui criait :

      J’en ai marre ! Avec tout ce que tu m’as appris… maintenant quand je voudrais faire des choses… j’peux pas les faire !

C’est marrant, non ? Bon, la maman… ça ne la faisait pas marrer du tout ! Tu sais ce que c’est les mamans…

 

« Même dans ma façon de parler, ou même d'écrire, on m'a bien souvent dit, voire reprocher, ma « maturité avancée ». On m'a dit qu'il faudrait que de temps en temps je pense à retomber en enfance, alors oui je m'imagine ce cas là, mais je ne peux pas. Dans ma tête quelque chose fait que je ne peux pas. Je me sens obligé de ne pas me pousser dans la foule de la société. Foule que j'observe tous les jours, dans leurs gestes, leurs actes, leurs comportements, avec leurs qualités et leurs défauts. Foule que parfois j'envie. Foule que parfois je répugne. »

 

« Dans ma façon de parler, ou même d'écrire, on m'a bien souvent dit, voire reprocher, ma « maturité avancée ». »

 

Je trouve ça phénoménal, à toi on va te reprocher ta maturité, à d’autres d’être restés des gamins… C’est l’histoire de La Fontaine : « Le meunier son fils et l’âne. » Quoi qu’on fasse, il y aura toujours des gens pour trouver à redire. Dans la fable, ce sont à chaque fois des gens différents, dans la réalité ce sont souvent les mêmes. Vis ta vie comme tu le sens, laisse tomber les regrets. Il y aura toujours de « braves gens » pour ne pas supporter qu’on suivre une autre route qu’eux.   

 

« J'essaie de vivre ma vie comme je me l'imagine dans mon monde utopique. Même si cela est presque impossible, je me suis attaché des valeurs auxquelles je tiens, et je m'y attacherai jusqu'au bout. J'essaie de les inculquer dès que je vois que des individus poussent trop loin les limites. Parfois on m'écoute, parfois on m'envoie chier. Mais j'aurai estimé que j'ai fait ma part du travail, j'ai fait un premier pas. Je n'en ferai pas deux. Je tente de faire des efforts. Des efforts pour rentrer dans une vie normale, des efforts pour me sociabiliser, m'intégrer dans cette société, et des efforts pour partager mes valeurs que j'estime justes, la solidarité qui a tendance à se perdre de plus en plus, le respect qui disparaît petit à petit, la justice neutre sans prendre parti et se faire influencer, la tolérance, la fraternité, l'égalité, etc. Mais j'ai bien souvent l'impression de ne pas servir, et finalement rester dans mon petit monde, fait du bien et réconforte.

Les questions se bousculent encore. Mais on doit avancer dans la vie. On ne peut pas mettre de côté tous les problèmes, mais on peut les esquiver pour mieux les gérer, ce qui n'est pas toujours aisé.

J'aurai aimé vivre ma vie ordinairement de la naissance jusque là où j'irai, avec toutes ces valeurs. Et dans un cadre propice à l'évolution positive de ces valeurs.

Peut-être qu'un jour j'y arriverai. »

 

J’espère Guillaume que malgré ces regrets tu continueras d’avancer. Nous avons tous notre monde utopique, il faut hélas conjuguer avec la réalité. C’est un grand plaisir de te lire.

 

 

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