Moi… ancien combattant ! - Chapitre 2 

   Livre - bis-copie-1 

 

Je suis né à Paris à la fin du siècle dernier… Curieuse phrase et cette impression d’ancien combattant qui va raconter sa guerre ! Finalement, ça me va bien. Je ne l’ai pas toujours été. Je n’en avais pas très envie. Combattant. Je le suis devenu contraint et forcé le jour où j’ai décidé que je ne me laisserais plus faire, ni influencer ni modeler comme je ne voulais pas, comme je ne pouvais pas. Mais nous le sommes tous. N’avons-nous pas tous mené un combat, un jour ou l’autre, dans notre vie ? Le mien fut des plus beaux qu’un jeune homme puisse livrer. Je ne dis pas cela parce que ce fut le mien, mais parce que pour combattre jusqu’au bout, et jusqu’au bout du désespoir parfois, il faut être convaincu que ce combat est juste, qu’il est beau, qu’il vaut la peine d’être mené. Sur plusieurs fronts en même temps, contre toutes sortes de gens y compris contre ceux que j’aimais. Pourtant, mille fois j’ai cru le perdre ! L’ai-je vraiment gagné ? Mille fois je me suis cru trop faible, trop lâche, trop insignifiant, trop méprisable…

 

J’ai vécu dans cette ville pendant quinze ans. Mes parents se disputaient souvent, pour des choses sans importance me semblait-il. Et ces petits désaccords prenaient parfois des proportions démesurées. Je détestais les voir ainsi s’entre-déchirer. Je m’enfermais alors dans ma chambre et dans la plus profonde des solitudes. Ce n’était que des violences verbales, mais quand on est jeunes, ça fait aussi peur. Henri, mon père, peu présent, partait souvent en « voyage d’affaires. » Mais en ce début de siècle, en cette année 2000, la situation s’aggrava : il ne rentrait plus du tout à la maison… Il vivait avec une autre femme ! Valérie, ma mère, faisait l’effort de ne pas pleurer devant moi. Mais plusieurs fois, je l’ai surprise en larmes et ses yeux rouges trahissaient souvent sa souffrance et son malheur. Je me faisais le plus discret possible, la prenais dans mes bras, mais je me sentais complètement impuissant pour la consoler. Alors, je m’efforçais de paraître totalement indifférent à cette situation des plus banales pour notre époque ! J’étais plus attentif, la couvrais de bisous et redoublais de gentillesses. Je plaisantais, cherchais toujours le bon côté des choses. Un soir, ma mère vint me parler dans ma chambre et me prit dans ses bras :

-     Bryan, mon chéri, j’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer : ton père va nous quitter.

-     Maman, ce n’est pas une mauvaise nouvelle. Il ne peut pas nous quitter, il n’a jamais été là ! Ce n’est pas grave, ça ne change rien, la vie continue. Cool ! On est bien tous les deux. Tu verras… tout sera beaucoup plus clair. Sûr, vous ne vous disputerez plus. On s’est toujours débrouillé sans lui, et puis j’ai grandi !

-     Je vois ça.

Ma mère était surprise de ma réaction et me regardait, admirative, elle l’était toujours !

Puis elle me fit cette terrible confidence qui devait lui coûter.

-     Il part avec une autre !

-     Ça t’étonne ? Il ne peut pas voir une meuf sans la draguer !

-     T’as remarqué ça ?

-     Il y a longtemps. Je suis même étonné qu’il ne soit pas parti plus tôt ! Pas de problème, maman, je serai toujours là pour te protéger.

Je gonflais ma poitrine et lui montrais mes biceps.

-     Regarde mes muscles ! Puis redevenant sérieux, j’ajoutai :

-     Moi, je ne t’abandonnerai jamais !

Jamais ! Toujours ! Nous sommes sûrs de nous lorsque nous prononçons ces mots. Il paraît qu’il ne faut jamais dire jamais. Amusée puis très émue, ma mère me serra très fort dans ses bras et m’embrassa.

-     Merci, j’avais besoin d’entendre ça, en ce moment.

-     Pas de souci maman, je ne le voyais que quelques instants le matin, pas plus longtemps le soir et pas tous les soirs ! Qu’il ne soit plus là, ça ne va rien changer. Ma vie c’est toi, ce n’est pas lui.

Ma mère me regardait au travers de larmes qu’elle avait beaucoup de mal à contenir, étonnée par ma maturité. J’ai toujours eu le pouvoir de tourner les choses de la vie en dérision. Mon père me manifestait beaucoup d’indifférence, j’en faisais autant et reportais toute mon affection sur ma mère qui me le rendait bien. Fils unique, je devenais sa seule famille.

La procédure de divorce fut longue et déprimante. J’annonçais la nouvelle à mes camarades de classe avec le plus grand détachement :

-     Tiens, au fait, mes parents divorcent !

Comme j’aurais pu dire : « Tiens, j’oubliais, on a changé de lecteur DVD ! » Encore qu’un changement de lecteur aurait pu m’enthousiasmer. Sûrement que je n’avais pas d’ami assez intime pour me confier.

 

Ma mère, qui venait d’avoir trente-six ans, n’était pas femme à pleurer sur son sort toute la vie. Le divorce prononcé, elle fit une croix sur son passé et décida de déménager. La raison officielle étant :

-     J’ai besoin de changer d’air et à toi aussi, ça te fera du bien.

Je n’en étais pas convaincu, mais à quinze ans, on ne nous demande pas notre avis. Heureuse idée que tu as eue maman ! Alors nous quittâmes la capitale pour nous installer dans un pavillon entre banlieue et campagne au sud de Paris. Une maison neuve avec trois chambres, une au rez-de-chaussée et deux à l’étage.

-     Tu verras, tu vas te plaire ici !

Ce n’était pas déplaisant : la vie restait la même, à la seule différence près que je ne connaissais plus personne. Le côté positif était que ma mère, qui culpabilisait un peu de cet échec de sa vie conjugale, était beaucoup plus attentive et cédait plus facilement à chacune de mes demandes. Je n’en ai jamais abusé. Deux choses me tenaient à cœur : avoir un chien et un ordinateur. Aucun rapport entre ces deux souhaits, si ce n’est que les deux allaient occuper une place importante dans ma vie. À Paris, ma mère s’était toujours opposée à l’acquisition d’un chien qui, selon elle, n’avait pas sa place dans un appartement. Nous n’étions plus à Paris, elle revit la question et finit par accepter. Elle discuta un peu plus sur mon choix et surtout sur son prix. Lorsque je le vis dans sa cage avec ce regard triste, je compris que c’était lui, c’était « mon » chien ! Ma mère refusa catégoriquement : trop cher. Quand ma mère disait non c’était sans appel. Je lui fis la gueule pendant trois jours, elle tenta en vain de me raisonner. Alors j’en rajoutais un peu…

-     Ce n’est même pas la peine que je te demande un ordinateur !

Elle, qui était toujours calme, s’énerva soudainement.

-     Bon, ça suffit, j’en parlerai à ton père !

Mon père avait de l’argent, mais je ne me faisais pas d’illusion. Pourtant ils se mirent d’accord. Mon père paierait le chien et ma mère l’ordinateur. C’était presque le même prix. En retournant à l’animalerie, je broyais du noir. J’étais presque certain de ne pas le retrouver. Je ne sais pourquoi dans ma vie, quand je m’attends au pire, ça n’arrive jamais. Seulement quand je ne m’y attends pas. Il était toujours là. Il m’attendait dans la même cage avec le même regard triste et moi, je rayonnais de bonheur. C’était ma première bonne nouvelle depuis longtemps. Ma mère était ravie de me voir heureux, Nicky, content de quitter sa cage et moi, en attendant mieux, enchanté d’avoir enfin un compagnon.

 

Ma mère fut un peu plus réticente pour la connexion Internet. Mais capitula après quelques relances.

Était-ce le meilleur choix ? Moi qui parlais peu, et ne connaissais personne, n’allais-je pas m’enfermer encore plus sur moi-même ? Ma vie se résumait au lycée, ma chambre, mon ordi, épisodiquement la cuisine. Ma mère fit preuve de beaucoup de patience. Je la vis revivre aussi. Elle qui ne sortait jamais, avait soudain envie de bouger, comme pour rattraper le temps perdu. Elle organisait des sorties, au cinéma, au restaurant, à la salle de spectacle municipale… Je la suivais avec une totale indifférence. C’était une drôle d’année où je n’avais plus envie de rien. Elle me le reprochait mais fit avec. Elle prit le temps de me parler pendant des heures, je ne comprenais pas toujours tout mais j’appréciais d’être la cible de tant de sollicitude. Contraste avec mon père que je n’avais pas revu, depuis qu’il avait quitté la maison. Il devait encore penser à moi, puisqu’après m’avoir acheté un chien, pour mes seize ans, il m’offrit une moto, une magnifique Japonaise 124 cm3 – moteur 4 temps avec démarreur électrique – 12 ch à 9 500 tr/mn – 5 rapports – vitesse maxi : 100 km/h disait la revue technique ! J’en fus le premier surpris, pas des performances de la bécane mais du cadeau… Il me la fit livrer un matin, cette fois, je n’avais rien demandé. Ma mère n’était pas très d’accord, mais c’était fait. Il me paya même le permis. Magique !

Nous vivions maintenant dans une petite ville de dix mille habitants, où la vie était moins stressante qu’à Paris. Ma mère, qui travaillait dans une banque, changea d’agence et la vie reprit son cours.

Au lycée, j’étais un peu seul, je ne connaissais personne. Une fille de ma classe, Lætitia, me regardait souvent. Je crus au début qu’elle regardait quelqu’un d’autre. Je n’ai jamais été très doué pour les préliminaires. On nous apprend beaucoup de choses à l’école mais pas à parler, ni comment se faire des amis et encore moins à aimer ! Je me suis rattrapé depuis.

Cette rencontre allait bousculer ma vie. Je ne le savais pas encore, mais c’était le début des bouleversements. Elle souffla sur la poussière de mes habitudes. Elle était belle, séduisante avec un humour décapant. Elle était aussi amoureuse de moi. J’en fus le premier surpris car je ne me trouvais ni beau ni séduisant. La seule chose dont j’étais satisfait, c’était du bleu de mes yeux. J’aurais aimé être brun, j’étais blond. Les pommettes saillantes, les joues creuses, un nez bien droit mais un peu long me semblait-il, comme tous les gens qui ont un visage tout en longueur. Aussi maigre que grand, je n’étais pas un monstre mais pas non plus un top-modèle. Ma mère trouvait que j’avais du charme, mais c’était ma mère… Surpris et désolé de ne pas partager les mêmes sentiments que cette fille, j’attendais. Alors, devant mon immobilisme, elle prit les devants et passa à l’action.

-     Bonjour !

-     Bonjour !

-     Que penses-tu de la situation en Afghanistan ?

Je ris. Elle ne se souciait pas plus que moi de ce pays, mais c’était drôle.

-     Je ne sais même pas où ça se trouve ! Tu milites pour la libération des femmes afghanes ?

-     Non, dit-elle avec un large sourire, je voulais juste savoir si t’avais de l’humour.

-     Je pourrais avoir de l’humour, tout en m’intéressant aux Afghans.

-     Oui, mais ce n’est pas le cas !

-     Non, pas trop.

Nous nous regardions avec la même curiosité l’un pour l’autre. Elle me posa mille questions.

-     Je peux voir ta carte ?

-     Ma carte ? Quelle carte ?

-     Ta carte de police ! Avec toutes ces questions, t’es forcément de la police !

Lætitia ne l’était pas, elle était seulement amoureuse. Je ne pouvais pas lui mentir ni faire semblant. Elle fit tout pour devenir mon amie. Elle y réussit si bien qu’elle devint ma meilleure amie. Nous étions très complices. Elle voulait tout savoir de moi, voir ma rue, ma maison, connaître ma mère… Je ne parvenais pas à lui dire qu’elle n’avait aucune chance puisque je ne l’aimais pas. Tant qu’elle n’abordait pas le sujet, je m’en gardais bien. Jusqu’au jour où, un après-midi après les cours, je l’accompagnais chez elle comme nous le faisions souvent. Elle prépara un goûter puis me posa soudain la question que je redoutais tant.

-     Qu’est-ce que tu penses de moi ?

Nous étions les yeux dans les yeux. Elle était devenue très sérieuse. Alors avec ma maladresse habituelle, je lui répondis :

-     Oh non ! La question qui tue !

-     Pourquoi ?

-     Je veux bien te répondre mais à une seule condition.

-     Laquelle ?

-     Quoi que je te dise, promets-moi que nous resterons toujours amis.

Son visage s’assombrit. Elle avait compris la suite. Elle comprenait toujours tout. La gorge serrée et les larmes aux yeux, elle promit.

-     Je ne t’ai pas encore répondu, je le regrette déjà. Je pense plein de choses de toi. Tu es belle, tu es très belle. J’aime ton humour et ta compagnie. Avant toi, je n’avais jamais eu d’ami, autant chez les filles que les garçons. Je tiens à toi mais je ne veux pas te mentir. Pour moi ce n’est que de l’amitié. Je suis désolé.

-     Il ne faut pas, dit-elle, les larmes aux yeux.

-     Et toi, que penses-tu de moi ?

-     Tu le sais bien ! Je t’aime, je suis folle de toi.

Elle commença à pleurer.

-     Tu n’aurais pas dû me poser cette question… Et moi non plus d’ailleurs.

-     Si, je voulais savoir. Je m’en serais voulu toute ma vie de ne pas te l’avoir posée.

-     Rien ne doit changer entre nous. Je tiens à toi. S’il te plaît, ne m’enlève pas ton amitié, j’en ai trop besoin. Je suis dur avec toi. Je n’y suis pour rien mais je ne pourrai jamais te donner ce que tu me demandes. Tu comprends ?

-     Oui, peut-être. Mais les choses les plus évidentes nous aveuglent. On se perd à croire le contraire. Je t’ai rêvé dans mes bras, dans mon lit ou à mes pieds. Tu ne le feras pas mais je ne peux pas m’empêcher d’espérer. C’est promis, je resterai ton amie.

 

J’étais persuadé du contraire. Mais elle tint parole et notre amitié n’en souffrit pas. Elle fut différente, c’est tout. J’aimais discuter avec elle, connaître son point de vue. J’avais tout à apprendre des filles. Nous étions toujours ensemble. Toute l’année, ma vie fut organisée autour d’elle. Nous étions si liés et si complices que beaucoup pensaient que nous étions amoureux. Ma mère la première bien sûr ! J’avais beau lui dire le contraire, elle ne comprenait que ce qu’elle avait envie de comprendre. Les choses étant clarifiées avec Lætitia, il n’y eut jamais d’ambiguïté entre nous… ou si peu ! Elle savait que je ne pouvais pas lui donner ce qu’elle attendait de moi. Elle ne désarma pas tout de suite. Malgré cette mise au point, elle resta persuadée que rien n’était perdu et qu’elle finirait par me séduire. Elle y consacra beaucoup d’énergie. Je fus à deux doigts de craquer mais rien à faire. J’étais lucide : ce n’était pas de l’amour, juste une grande complicité.

Elle fut mon amie, ma grande sœur, ma confidente parfois, mon alliée toujours. Je n’avais rien à lui cacher. Heureusement car elle devinait tout. Lorsque nous chahutions, elle m’embrassait parfois avec passion. Je me laissais faire mais elle savait que ça ne voulait rien dire et que je n’irais pas plus loin. Elle provoquait souvent ces jeux et ces corps à corps. Nous étions toujours à la limite du raisonnable. Nous marchions sur le bord d’un précipice dans lequel nous ne sommes jamais tombés. Je la vis épanouie, heureuse, parfois très triste. Je fus tour à tour, charmant, horrible et cruel avec elle. Je l’aimais à ma façon. Comme promis, elle accepta tout, les bons comme les mauvais moments. Elle fut et restera ma meilleure amie.

Lorsque j’avais une douzaine d’années et que j’allais au cinéma, j’enviais toujours les amoureux que l’on devinait s’embrasser dans le noir. Ils n’avaient que quelques années de plus que moi mais comme j’aurais aimé être à leur place ! Pour cela, ma grand-mère avait raison, encore fallait-il avoir une petite amie. Le temps a passé, j’ai grandi et si je n’en avais pas, c’était comme si. Quand Lætitia m’embrassait dans les salles obscures, je me demandais souvent si certains plus jeunes m’enviaient autant. J’en étais persuadé, alors, pour rajouter à leurs tourments, je faisais durer ces moments d’union buccale. Je n’étais pas amoureux mais pourtant j’aimais embrasser Lætitia. J’aimais ce contact et toutes les sensations qu’il provoquait.

Nous partions parfois en balade et, même si nous ne l’étions qu’à demi, nous empruntions souvent le parcours des amoureux dans les allées du parc paysager. Avec un chaperon : Super Nicky qui s’en foutait complètement. Lætitia ne manquait pas de m’embrasser et je me laissais faire. Je jouais les amoureux. On pouvait s’y méprendre. Nous en avions l’air. Nous ne faisions pas semblant, nous nous embrassions vraiment avec passion. J’ai aimé cette période de ma vie. J’étais bien dans ma peau même si, parfois, rien ne se passait comme prévu. Un après-midi de juillet, alors que nous arpentions ces allées, je me réjouissais de ces doux instants que j’allais vivre. Mais très souvent dans ma vie, ce que je prévois n’arrive jamais. C’est toujours au moment où je m’y attends le moins que tout bascule dans l’horreur. Quand je crois au bonheur, le temps et les événements, qui nous ignorent, en décident autrement et rien ne se passe comme prévu. Mais inversement, de sinistres soirées selon mes prévisions, finirent en feux d’artifices.

Ainsi ce jour-là, était-ce dû à la chaleur ? À une pression artérielle trop élevée ? À une faiblesse nasale ? Ou peut-être les trois à la fois… Je me mis à saigner du nez. Une vraie hémorragie ! N’ayant pas de mouchoir et sentant mon nez couler, je m’essuyai discrètement d’un revers de la main. Le liquide rouge que j’en ramenais était sans équivoque. Lætitia, qui avait toujours tout, me donna ses mouchoirs. Je saignais tant que j’en vidais le paquet. Lorsqu’enfin les vannes se fermèrent, je n’étais plus en état d’embrasser qui que ce soit. Fini la frime, je me sentais très piteux. J’eus souvent peur de récidiver les fois suivantes, mais non, ce fut la première mais aussi la dernière. Assis sur un banc au pied d’un grand arbre, nous ne parlions plus. Quand soudain, de gros nuages noirs, venus de je ne sais où, envahirent le ciel, la ville, le parc et toute la région.

L’atmosphère était oppressante. Quand les premières grosses gouttes de pluie éclatèrent par terre, une étrange odeur monta du sol. Même avec le nez sanguinolent, je la sentis. Le tonnerre et les éclairs vinrent clôturer la fête. C’était beau, terrifiant et enivrant. Je garderais toujours un tendre souvenir de cette retraite sous l’orage. Il faisait bon. L’eau qui tombait du ciel était presque chaude. Je rentrai chez moi trempé mais heureux, tenant Lætitia d’une main et mon dernier mouchoir de l’autre. Je prêtai des vêtements secs à Lætitia, mais même une fois lavé, séché et changé, je n’eus pas droit à ma séance de bisous. Je n’étais pas trop en forme. J’avais le nez à moitié bouché par le sang coagulé et plus personne pour nous envier, alors… J’abuse, bien sûr, je ne l’embrassais pas que pour ça, mais parce que j’y prenais goût. Elle fut à deux doigts de me convaincre de l’aimer.

Elle m’entraîna aussi dans un club d’Aïkido, où elle suivait des cours d’autodéfense.

Je passai avec elle une année merveilleuse. Une année seulement, car le mois suivant, en août 2002, elle déménagea. Avec ses parents, elle fit le chemin inverse que je venais de faire, ils s’installèrent à Paris, et moi dans la plus grande des solitudes. Elle me manquait terriblement. J’allais la voir de temps en temps, et fort heureusement, il me restait le téléphone et Internet.

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