S'il apprenait que j'étais homo... - "Si tu avais été..."
Livre - bisIl sortit pendant que les gendarmes enlevaient les menottes à Kévin et s’excusaient :

-          Désolés, nous ne pouvions pas savoir.

-          C’est un ancien militaire à la retraite. Il ne sait pas quoi faire de ses dix doigts. Il passe son temps à surveiller tout le monde dans le quartier, derrière ses volets. Il tire sur les piafs avec sa carabine et il dresse son chien contre les gens qui passent. Quand il est planqué derrière ses volets, sa femme n’ose même pas me dire bonjour, elle ne me salue que lorsqu’il n’est pas là et que les volets sont grands ouverts. C’est un malade mental mais celle-là, il ne nous l’avait encore jamais faite !

-          Tous les militaires ne sont pas des malades mentaux.

-          Non mais lui, c’en est un ! Il peut y avoir une autre guerre, il y aura toujours de gentils voisins pour nous dénoncer !

Les gendarmes n’apprécièrent guère cette dernière remarque sans rien relever pour autant. Ils s’excusèrent encore et sortirent. Je fermai la porte et mis le verrou. Kévin s’expliqua.

-          Oh la trouille que j’ai eue ! J’étais tranquillement installé avec toutes mes affaires étalées sur la table. J’ai entendu parler dehors mais je n’ai pas fait attention. Quand la porte d’entrée s’est ouverte, les gendarmes sont entrés, arme au poing. Nicky s’est mis à grogner. L’un des gendarmes l’a braqué avec son pistolet en me disant : « maîtrisez votre chien ou je l’abats ! » J’ai vite pris Nicky dans mes bras. Ils m’ont demandé de l’isoler dans une pièce. Je l’ai enfermé dans la cuisine. Ils m’ont ensuite sauté dessus, immobilisé au sol et mis les menottes, ces malades ! Puis ton connard de voisin est entré en disant : « C’est lui, je le reconnais ! » Je ne comprenais plus rien !

J’avais envie de le prendre dans mes bras mais là encore, je n’osais pas. Je lui posai pudiquement la main sur l’épaule :

-          Et moi, la peur que j’ai eue lorsque j’ai vu le fourgon de flics devant la maison et la porte ouverte ! Le voisin, c’est un détraqué en retraite. Il bosse à mi-temps on ne sait où et le reste du temps, il s’emmerde. Il n’a pas compris que la guerre était finie ! Il a déjà pété un câble avec son voisin d’à côté. On a eu la paix pendant trois mois ! Et nous, juste en face, on est pile dans la ligne de mire…

-          La semaine prochaine, si je vois ses volets fermés, je lui ferai coucou avant d’entrer.

-          Non Kévin, s’il te plaît, joue pas à ça avec lui. Il est pire que con ! Ma mère va être folle quand je vais lui raconter ! La semaine prochaine, tu rentreras chez toi, ce sera plus simple, et je te rejoindrai. Je serai plus tranquille.

Kévin comprit ce que cela voulait dire, combien j’avais eu peur pour lui. Il me sourit. À peine libéré, Nicky nous fit la fête comme d’hab, et la vie reprit son cours ! Moi, ce que j’avais compris, c’était que j’avais un danger potentiel en face de chez moi. S’il apprenait un jour que j’étais homo, il ne me lâcherait plus.

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