Cet autre qui grandissait en moi - 1 

Effectivement, c'est un risque mais la réalité est là. Il serait de mauvaise foi de prétendre que l'amour entre mecs est forcement quelque chose de facile à vivre.

 

Je pars d'un principe très simple : Quand on est un mec, séduire et déclarer sa flamme à une fille n'est pas forcement évident, car il n'y a aucune garantie de réciprocité. Donc, c'est encore plus dur de déclarer sa flamme à un autre mec. Il y a le risque que l'autre ne soit pas homo, qu'il le prenne mal, qu'il soit gay mais ne l'assume pas... qu'il le balance à tout le monde… etc.

 

Je dirais que dans une situation type, il y a 99% de chance que ce soit un amour ou une attirance sans réciprocité. Ça c'est dans le cadre d'une rencontre fortuite ( Fac, lieu de travail, loisirs...) 

 

Dire aux lecteurs de 16 à 25 ans : Allez-y draguez autant de mec que vous voulez, déclarez  votre amour ouvertement... serait à mon sens irresponsable. Mais finalement la question est mal posée. Je crois que le livre est une sorte de thérapie pour beaucoup de jeunes homos, il explique en substance que l'amour impossible, tout le monde l'a vécu qu'une façon ou d'une autre. Le lecteur, Alexis, Moi...

 

C'est une situation difficile à vivre, douloureuse, mutilante, mais banale... horriblement banale. Pour l'anecdote j'avais écrit au dessus de mon PC « Jamais d'un hétéro amoureux tu ne tomberas »... et devinez ce que j'ai fait ? Je connaissais les risques, mais l'amour ne s'explique pas... Ce fut un véritable coup de foudre... Et pour toute réponse j'ai eu le droit à « Je ne suis pas homo, je ne t'aime pas et j'n'aime pas les homos ». Ça fait mal ! Mais je n'ai aucun regret, c'est la faute à « pas de chance »... et moi j'ai dit : « Je t'aime ». J'ai fait ce que j'avais à  faire. S'il suffisait d'écrire les choses pour ne pas les faire... Dire une chose pour se soulager ouvre d'autres douleurs parfois plus fortes.

 

Dans le livre la problématique est double : l'un incapable de dire ce qu'il ressent, l'autre incapable d'assumer sa nature... Où cette situation les conduira-t-elle ? 

 

José

 

 

Dans ce roman « Ma vie d'avant » le message est plus pour les personnes – peu importe l'âge – qui ont des tendances homos mais qui le nient obstinément. C'est le cas de Jérémy, il le dit clairement : « Je déteste ce que je suis... et en même temps, je sais que tu vas me manquer. » En réalité, ce n'est pas si clair que ça, tout est dans les sous-entendus. Il est en général très difficile de discuter à cœur ouvert avec quelqu'un qui ne s'assume pas. Kévin sera-t-il assez habile pour forcer les remparts ?

Le choix ensuite, d'avouer ou non son amour... nous pourrions en parler pendant des heures sans trouver de réponse qui satisfasse tout le monde. Tout cela nous ramène au questionnement de Bryan dans « Si tu avais été... »

 

 « Comment pourrai-je te remettre cette lettre ? J'en meurs d'envie mais j'ai peur de t'approcher, peur de m'y brûler, de t'effrayer, de te scandaliser, de te voir ricaner. J'ai peur de tout ça mais je me connais, je sais que je vais le faire. Pourquoi est-il si facile de te parler lorsque tu n'es pas là ? Faut-il se résigner et continuer de t'aimer en secret ? Je ne le pourrai jamais. Si je dois choisir entre être ridicule ou avoir du regret toute ma vie, le seul regret que je veux avoir c'est celui de te voir mépriser mon amour plutôt que celui de te l'avoir caché ! Mais quand serai-je prêt à t'en parler ? Quand aurai-je la force et le courage de t'affronter ? En quelle circonstance en trouverai-je l'occasion ? Demain... je ferai tout demain. Je te dirai bonjour, je te parlerai... Je me mens, je sais bien que demain sera comme aujourd'hui. Ou toi, le feras-tu avant moi ? Qui de nous deux se jettera à l'eau le premier ? Si c'est moi, me laisseras-tu me débattre et sombrer dans mes explications ou me tendras-tu une main secourable en me souriant pour la première fois ? Je ne te connais pas, comment peut-on aimer quelqu'un qu'on ne connaît pas ? Je ne sais pas... mais je t'aime ! »

 

Les « regrets » ne sont pas réservés qu'aux homos, il suffit de lire la nouvelle de Maupassant, du même nom, pour s'en convaincre.

Les grandes questions restent en suspend : 

—     Se remet-on plus facilement d'un râteau avec une personne de l'autre sexe ?

—     Faut-il, de façon suicidaire, avouer son amour quand on est persuadé d'aller dans le mur ?

—     Faut-il se résigner et vivre avec ses regrets ?

Comme pour le Monsieur Saval de Maupassant, il faut parfois arriver au bout de sa vie pour comprendre ce que nous aurions dû faire. Mais c'est trop tard... 

 

Faut-il dire les choses ou les cacher ? L'avantage d'en parler, c'est qu'on se sent moins seul.

Alexis.

Couverture Tome 1 - Ma vie d'avant

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