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La veille nous étions allés à un anniversaire de mariage. J’avais gardé mon costume (pas de frais de toilette quand je voyage, mais quand je ne voyage pas non plus d’ailleurs !), j’avais juste eu le temps d’enlever ma cravate. Je sais si bien faire les nœuds de cravate que tous les canadiens croient que c’est une fausse : avec un élastique ! Ça ne va pas non ? J’ai appris à faire les nœuds lorsque j’avais dix ans, dans « Francs jeux » le magazine auquel j’étais abonné. Je vous promets que c’est vrai, comme la suite d’ailleurs…


À peine rentré, juste le temps d’enlever ma cravate, disais-je, et quelqu’un suggéra d’aller faire un tour en forêt et autour du lac aussi. Pourquoi pas, que faire d’autre un dimanche après-midi ?


Après avoir inutilement escaladé quelques collines, je décidais d’aller attendre que le reste de la famille ait fini de s’extasier devant les jolies couleurs de l’automne, sur un banc près du lac et du parking. Il faisait beau, le vent s’était fait la malle, les feuilles commençaient à en faire autant et j’allais apprécier le calme, lorsque de jeunes crétins arrivèrent en voiture, vitres ouvertes et la radio à fond la caisse. Je me disais qu’il était nul de venir faire tant de bruit dans un lieu aussi tranquille. La voiture s’éloigna mais cette route étant un cul de sac, je ne me faisais aucune illusion sur le proche retour de cette pollution sonore.


Le temps de prendre quelques photos, du lac, des pêcheurs, des fleurs, de la dernière abeille, et j’allais m’installer au soleil sur ce banc qui me tendait les bras. J’y étais à peine depuis une minute qu’une voix en anglais et derrière moi me fit sursauter. Je suis très émotif sur les bords des lacs les dimanches après-midi. Une jeune femme, la trentaine, était penchée sur moi et continuait de me parler. Dans ces cas-là j’ai une réplique imparable :


- Sorry, I don’t speak english.


Hélas trahi par mon accent pourri elle s’empressa de répliquer :


- Mais je parle français.


Oh non, pas de bol ! Que me voulait-elle ? Un renseignement sur l’heure de la marrée haute ou du passage des ours… Pas du tout. En fait les deux crétins qui venaient de passer en voiture étaient deux crétines, qui, m’ayant aperçu n’avaient pas résistées au plaisir de m’importuner. Et cette jeune femme de continuer son explication :


- Nous somme passées en voiture, (oui, j’avais cru remarquer !) et lorsque je t’ai vu avec ton costume marcher sur le bord du lac, j’ai trouvé ça charmant et romantique… Voilà, je voulais te le dire.


Car je dois vous l’avouer bordel de merde, il m’arrive d’être charmant et romantique aussi sur le bord des lacs . Je vous vois déjà ricaner mais je vous promets que c’est vrai. Que pouvais-je répondre à part un timide :


- Merci.


Elle en fit autant et remonta dans sa voiture.

J’étais encore écroulé de rire en prenant des notes, pour ne rien oublier, lorsque toute la famille rappliqua.


- Devinez ce qui m’est arrivé sur ce banc ?


- Tu t’es endormi.


Oh non, pas ça ! Tout le monde va croire que j’ai rêvé. Après avoir raconté mon histoire Sarah me dit :


- Il t’arrive toujours plein de choses incroyables, tu devrais les écrire.

- Pas bête, je n’y avais jamais pensé !

- Ecrire ? Il n’arrête pas.


Mais le pire fut la réflexion d’Andy :


- Il faut faire attention, aux US, beaucoup de jeunes femmes abordent des hommes de 70/80 ans pour leur soutirer de l’argent.


Oh non ! Pas quatre-vingt ans ! J

 

 

Et je vous serais reconnaissant de ne pas me citer « L’aigle noir » de Barbara. 

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